Amancio Ortega, le roi du prêt-à-porter

Dans l’ombre, le multimilliardaire espagnol de 81 ans continue d’écrire l’avenir d’Inditex, son groupe de prêt-à-porter créé en 1975. Après avoir structuré son patrimoine, il rêve de voir sa fille Marta reprendre les rênes de Zara. Retour sur quatre décennies de succès ininterrompu.

Dans l’ombre, le multimilliardaire espagnol de 81 ans continue d’écrire l’avenir d’Inditex, son groupe de prêt-à-porter créé en 1975. Après avoir structuré son patrimoine, il rêve de voir sa fille Marta reprendre les rênes de Zara. Retour sur quatre décennies de succès ininterrompu.

Avec une fortune estimée à 70,1 milliards de dollars fin 2017, Amancio Ortega occupe la sixième place des hommes les plus riches du monde. Malgré le succès, l'homme d’affaires espagnol est également l'un des plus discrets. Il a ainsi fallu attendre 2001 et l’entrée en Bourse de son groupe pour qu'Ortega accepte que l’on prenne officiellement une photo de lui. Né en 1936, au début de la guerre d’Espagne, il connaît une enfance difficile. Dans son autobiographie officielle, il raconte le traumatisme enduré lorsque, à 12 ans, il voit sa mère sortir les mains vides d’un magasin, le commerçant lui refusant un énième crédit. C’est de cette époque qu’il dit avoir acquis la volonté d’entreprendre. Dans la foulée, il abandonne l’école pour travailler comme livreur dans une boutique de chemises de luxe pour homme à La Corogne. Ce fils de cheminot ne quittera plus jamais le secteur du textile.

Travail et organisation

Autodidacte, il propose à son employeur de produire ses propres modèles. Aidé de sa sœur, de son frère, de sa belle-sœur et de sa future épouse, Rosalie Mera, il monte alors un atelier. Déjà, il casse les prix en proposant des produits moitié moins chers. Fort de son succès, il lance en 1963 sa propre boutique nommée Goa. C’est finalement en 1975, à La Corogne, que naît la première boutique Zara, marque qui le fera mondialement connaître. À partir de cette date, tout s’accélère : multiplication des magasins en Espagne en 1980, internationalisation en 1990 et introduction en Bourse en 2001 pour une valorisation de 9 milliards d’euros. Aujourd’hui, la capitalisation boursière s’élève à près de 80 milliards d’euros. 

La recette de sa réussite ? Le travail et une remise en cause permanente. « J'ai toujours pensé que, pour avoir du succès, nous devions chaque jour mettre l'organisation sens dessus dessous », explique le multimilliardaire espagnol. Pour baisser les coûts, il est le premier à comprendre l’importance de la logistique. En 1984, il révolutionne les process en créant son premier entrepôt. Il met en place une organisation qui lui permet de gagner en compétitivité. N’ayant pas peur d’apprendre de ses erreurs, il tente beaucoup et, quand il se trompe, il peut compter sur sa réactivité et sa force de travail pour rectifier. « Mon université est mon entreprise », aime à répéter le self-made-man qui a arrêté l’école à 12 ans.

Aujourd’hui, Inditex produit encore un tiers de ses vêtements en Espagne. Où qu’ils soient fabriqués, les articles repassent par La Corogne pour être distribués ensuite vers le bon magasin. Chaque enseigne est livrée deux fois par semaine depuis l’Espagne. Un sens de l’organisation nécessaire pour faire face à la cadence de production. Pour se différencier, il a été le premier à instaurer le lancement de plusieurs collections par saison. Depuis 2000, Zara affiche un roulement permanent. Au total, le groupe réalise 10 000 nouveaux patrons par an. En 2017, Inditex a fabriqué 700 millions de vêtements qui arriveront dans les rayons en seulement cinq semaines quand ses concurrents peuvent avoir besoin de neuf mois. Une rapidité qui lui permet de coller au mieux aux désirs de ses clients et de ne dépenser que très peu en marketing. Sa plus grande fierté ? Réussir à créer une marque mondiale sans réaliser aucun spot publicitaire.

Une transition réussie

Lorsqu’il cède en 2011, à 75 ans, les rênes d’Inditex à son bras droit Pablo Isla, son groupe compte 5 000 boutiques implantées dans 77 pays, emploie 100 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 12,5 milliards d’euros. Une sortie parfaitement réussie. Sept ans plus tard, l’ancien vice-président, qui avait rejoint la société en 2005, a maintenu un taux de croissance à deux chiffres.

Grâce à la conquête du marché asiatique et l'accélération de la vente par Internet, les revenus ont progressé de 82 % entre 2011 et 2018 pour atteindre 25,3 milliards d’euros. Les huit marques d’Inditex (Zara, Pull & Bear, Massimo Dutti, Berschka, Zara Home, Stradivarius, Uterqüe et Oysho), représentaient 7 300 magasins, répartis dans 93 pays. Depuis cette année, le groupe occupe la place de numéro un mondial du prêt-à-porter devant son grand rival suédois H&M. De quoi rendre heureux Amancio Ortega.

Diversification

Depuis sa Galice natale où il est retourné vivre, l’homme d’affaires continue de veiller dans l’ombre sur son empire. Une fois par semaine, il s’entretient avec Pablo Isla pour discuter des sujets les plus importants. Il s’est par ailleurs attelé à la question de son héritage. Fin 2017, il a transféré sa fortune au sein de la holding Pontegadea Inversiones qui contrôle 50,1 % d’Inditex. Au total, Amancio Ortega représente 59,3 % du groupe de prêt-à-porter puisqu’il possède également une participation à titre individuel. Enfin, sa holding intègre 100 % de Pontegadea Inmobiliaria, une société foncière où le multimilliardaire espagnol a regroupé ses actifs immobiliers. Fin 2017, elle possédait 6,1 milliards d’euros d’actifs, en hausse de 8,3 % sur un an. Un empire qu’il s’est constitué grâce aux dividendes distribués par Inditex. Aujourd’hjui, l’ensemble de ces activités lui permettent de générer plus d’un milliard d’euros de revenus par an.

Reste à régler la délicate question de sa succession. Car Amancio Ortega ne s’en est jamais vraiment caché : Pablo Isla n’est qu’une solution intermédiaire. Son rêve étant de léguer son empire à sa plus jeune fille Marta, née de son deuxième mariage. Il faut dire qu’il n’a pas trop le choix. L’aînée, Sandra, a fait savoir qu’elle n’était pas intéressée et s’est concentrée sur la fondation caritative du groupe. Quant à son fils Carlos, il est handicapé. En 2001, à 24 ans,  Marta ne disposait pas de l’expérience pour occuper un tel poste. Depuis cette date, la jeune femme ne cesse de gravir les échelons au sein du département « Produit », l’un des plus stratégiques. Son père espère bien assister à son accession au trône.

Vincent Paes

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