Alice Lhabouz (Trecento AM) : « La santé est un segment structurellement en croissance »

Les performances sur le marché de la gestion d’actifs en 2018 ont été faibles. C’est un constat. Face aux difficultés rencontrées par les différentes sociétés de gestion, le secteur de la santé est resté robuste. Alice Lhabouz, présidente et fondatrice de Trecento AM reprend l’actualité des secteurs de la santé et de la robotique.

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Les performances sur le marché de la gestion d’actifs en 2018 ont été faibles. C’est un constat. Face aux difficultés rencontrées par les différentes sociétés de gestion, le secteur de la santé est resté robuste. Alice Lhabouz, présidente et fondatrice de Trecento AM reprend l’actualité des secteurs de la santé et de la robotique.

Décideurs. Quelle est la philosophie de Trecento AM ?

L’ADN de notre structure est simple. Il s’agit de proposer aux professionnels d’investir sur des thèmes porteurs d’innovation et de croissance, donc de performance à long terme, tout en conservant une approche par le risque. Après la crise financière de 2008, il était nécessaire de développer une approche novatrice. Les financiers ne communiquaient qu’entres eux, et s’étaient progressivement déconnectés de l’économie réelle. Partant de ce constat, un comité d’experts s’est ajouté à l’équipe de gestion traditionnelle pour chacun des fonds de Trecento AM. Ce comité présente périodiquement une étude sur les tendances et la réalité du secteur. Le thème de la santé est très particulier, car les investisseurs institutionnels s’intéressent à la consommation des soins de santé des affiliés. Trecento AM propose de constituer une couverture naturelle pour ce type de clientèle en investissant sur cette classe d’actifs.  

À quelle échelle s’étend votre marché ?

Notre terrain de jeu s’étend sur le monde entier. Le faible nombre de valeurs cotées en matière de santé et de robotique en Europe ne permet pas de restreindre les investissements à ce marché. Travailler cette échelle a démontré être porteur de nombreux avantages sur le long terme. À titre d’illustration, fin 2017, l’Europe était un segment tendu en termes de valorisation notamment sur la santé. Le profit qu’offraient les entreprises européennes de profit grâce à leur valorisation était bien moins attractif qu’aux États-Unis. Le choix a donc été fait de se tourner plus fortement vers les États-Unis. Cette orientation a permis d’obtenir une performance importante. Actuellement, le marché européen est peu attractif, en raison du Brexit et de la montée du populisme notamment. Enfin, à la suite de l’obtention de l’agrément de notre fonds santé en Suisse, le développement de notre clientèle sur ce territoire, en parallèle de la France, s’accélère.

Quelle est votre position par rapport à la gestion de risque ?

Une trentaine de fonds santé actions internationales sont commercialisés en France. Ce domaine se divise en quatre grands segments : le secteur des laboratoires pharmaceutiques incluant les génériques, le matériel médical, les services à la santé et les biotechnologies. Mes confrères investissent de la même manière dans un laboratoire pharmaceutique qui possède des cash-flow et offre une belle visibilité, que dans une société non rentable en espérant que le produit en cours de fabrication soit ensuite commercialisé. Notre approche est différente. Ainsi, les sociétés qui ne sont pas rentables sont exclues de notre domaine d’investissement. Ce choix est lourd de sens, notamment pour les biotechnologies, un secteur dans lequel il existe beaucoup de sociétés cotées qui ne sont pas profitables. Grâce à cette approche, le fonds santé de Trecento est le moins volatile du marché depuis sa création. La santé est un segment structurellement en croissance. Il n’est donc pas nécessaire de prendre beaucoup de risques purs pour faire de la performance.

Quelles conséquences la consolidation du secteur gestion d’actifs a-t-elle eu sur votre activité ?

Il y a une très forte érosion des marges. Dès que l’on manie des actions européennes ou des fonds flexibles, il y a un effet volume fondamental. En effet, à moins d’être de taille suffisamment importante, une société de gestion ne peut pas exister. Ce phénomène est à l’origine de nombreux rapprochements. En cas de gestion plus « satellite », ces rapprochements ne sont pas nécessaires, à condition de démontrer une véritable valeur ajoutée et de se différencier des autres acteurs. Les investisseurs français on un tropisme européen très marqué. Cette tendance est regrettable, car ils se coupent d’un très grand foyer de performance à l’international. À terme, il serait bénéfique que l’allocation action internationale augmente dans les portefeuilles.

Selon vous, quelles évolutions le marché va-t-il connaître ?

Le monde de la gestion d’actifs devient oligopolistique. Il est important d’obtenir des souscriptions pour avoir une taille importante car les barrières à l’entrée sont de plus en plus élevées. Le secteur de la santé a su prouver sa capacité de résistance dans les moments difficiles. Néanmoins dans ce contexte, en cas d’investissement sur ce marché, il est préférable de choisir le fonds le moins risqué.

Propos recueillis par Yacine Kadri

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