Alain Afflelou : "Le monde d’après ne sera rien d’autre que le monde d’avant, en plus pauvre"

Alors que, partout, l’émergence imminente d’un monde d’après Covid semble faire consensus, Alain Afflelou le reconnaît : il n’y croit pas. Sans cynisme mais avec lucidité, le leader de l’optique européen évoque un monde semblable à celui d'avant, "mais en plus pauvre", sur le plan du pouvoir d’achat comme sur celui des rapports humains.

Alors que, partout, l’émergence imminente d’un monde d’après Covid semble faire consensus, Alain Afflelou le reconnaît : il n’y croit pas. Sans cynisme mais avec lucidité, le leader de l’optique européen évoque un monde semblable à celui d'avant, "mais en plus pauvre", sur le plan du pouvoir d’achat comme sur celui des rapports humains.

Depuis des années, il caracole en tête du baromètre des patrons préférés des Français. Normal : Alain Afflelou incarne sa marque, crée des produits qui améliorent le quotidien, a placé les prix bas au cœur de son positionnement et, à force de campagnes d’affichage et de spots télé, a fini par s’imposer en figure familière dans la vie des Français. Rien d’étonnant, donc, à ce que le leader européen de l’optique soit populaire et son opinion écoutée. Même lorsque, comme c’est le cas aujourd’hui, celle-ci va à l’encontre du discours convenu. Celui qui dépeint "le monde d’après Covid" comme plus solidaire, plus respectueux des équilibres et des écosystèmes et plus pérenne. Ce monde-là, censé émerger de la crise après avoir profité de ses enseignements, Alain Afflelou le dit : il n’y croit "pas une seconde".

Effet dominos

D’abord parce que, pour lui, la crise sanitaire souvent évoquée comme un dossier bouclé serait en réalité loin d’être terminée. Plus inquiétant encore : le pire serait devant nous. "Pour moi, la crise économique, financière et sociale devrait nous atteindre de plein fouet l’hiver prochain, ce à quoi personne ne semble préparé, explique-t-il. Certes, on entend parler de possible sursaut pandémique, mais on s’en préoccupe comme si cela ne devait pas arriver." comme s’il ne s’agissait pas d’une menace réelle mais d’un scénario catastrophe davantage conçu pour justifier les mesures de précautions imposées que pour préparer le pays à la possibilité du pire.

Celle qui, pour Alain Afflelou, se profile de façon certaine avec tous les effets "dramatiques" qu’elle devrait entraîner. "On a voulu croire que ça allait mieux mais la tempête ne fait que commencer et elle va balayer l’économie française, assène-t-il. Le gros des licenciements va arriver si bien que, ce qui nous attend, c’est le monde d’avant assorti d’une crise économique majeure qui, elle-même, entraînera une baisse du pouvoir d’achat et donc, par effet de dominos, de la consommation et de la production".

"On a voulu croire que tout allait mieux mais la tempête ne fait que commencer"

À moindre coût et moindre contact…

Résultat : pas de changement de paradigme en vue ni de remise à plat des modes de production, mais une forme de continuité dégradée, prédit celui pour qui "le monde d’après ne sera rien d’autre que le monde d’avant, en plus pauvre". Plus pauvre en termes de pouvoir d’achat, mais aussi de relations humaines puisque, poursuit-il, en institutionnalisant la vente sur Internet et le travail à distance, "le Covid a créé de nouvelles habitudes et montré qu’on pouvait vivre autrement". À moindre coûts et à moindre interactions. Il en veut pour preuve sa propre entreprise où, désormais, les bureaux à moitié vides "donnent l’impression d’équipes à mi-temps" et laissent présager des dégâts qu’il préfère "évaluer plus tard".

Utopie

Alors pour ce qui est de voir dans la crise "un accélérateur de changement vers un monde meilleur," Alain Afflelou en est convaincu : "On est dans l’utopie. Je ne veux pas être noir, juste réaliste, poursuit-il : mais pour moi, il n’y aura pas de monde d’après". Tout juste une réalité modifiée au sein du monde des entreprises parce que "dictée", désormais, par un consommateur qui, plus que jamais, "va chercher le meilleur rapport qualité-prix". Sur cette évolution comme sur le reste, "il faudra s’adapter", estime le leader de l’optique avec le même fatalisme que lorsqu’il évoque le paradoxe de cette crise. "On a toujours été en lutte contre quelque chose, il y a toujours eu des menaces… rappelle-t-il ; Celle-ci diffère des précédentes parce que la seule façon qu’on a trouvée de s’en protéger est aussi celle qui met en danger l’ensemble de l’économie et donc de la société." Œdipien.

Caroline Castets

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