Air France-KLM, une alliance dans la turbulence

Le 26 février, les Pays-Bas annoncent monter au capital d’Air France-KLM afin de peser sur l’avenir de la compagnie. Une décision, mal vécue par l’État français, actionnaire de référence d’Air France, et qui marque le début d’une nouvelle zone de turbulences.

Le 26 février, les Pays-Bas annoncent monter au capital d’Air France-KLM afin de peser sur l’avenir de la compagnie. Une décision, mal vécue par l’État français, actionnaire de référence d’Air France, et qui marque le début d’une nouvelle zone de turbulences.

Après l’alliance Renault-Nissan, c’est au tour de celle entre Air France et le néerlandais KLM qui est sous le feu de l’actualité et des critiques. Le 26 février dernier, le ministre des Finances néerlandais, Wopke Hoekstra, annonce que son gouvernement a acquis 12,68 % du capital de la compagnie aérienne, la portant au niveau de celle de la France, soit 14 %. Et d’expliquer : « Avec cette acquisition, le gouvernement néerlandais veut pouvoir influencer directement le développement futur d’Air France-KLM afin d’assurer de la meilleure façon possible l’intérêt public néerlandais. »

Présentée comme une surprise par Paris (Bruno Le Maire l’a qualifiée « d’incompréhensible »), cette montée au capital est la conséquence d’une inquiétude grandissante du côté néerlandais quant à l’avenir de la compagnie aérienne.

Inquiétudes

L’alliance Air France-KLM, créée en 2004 avec le rachat de la compagnie néerlandaise par sa concurrente française, est un constant sujet de discussions voire de tensions entre la France et les Pays-Bas. Dans le processus d’intégration des deux compagnies, La Haye s’inquiète de la progressive perte d’autonomie de KLM. Depuis 2006, Air France est en effet majoritaire au conseil d'administration de son partenaire, avec le pouvoir de nommer son PDG.

Les mauvais résultats du français (alors que la compagnie néerlandaise a vu son chiffre d’affaires 2018 presque doubler par rapport à 2004, à 10,95 milliards d'euros), ses difficultés sociales et de gouvernance ont nourri cette inquiétude. Et explique la montée au capital : les pouvoirs publics néerlandais ont bien l’intention de plus peser sur l’avenir de la compagnie.

Incompréhension

Du côté français, la décision néerlandais est mal vécue. Officiellement prévenu au dernier moment, Bercy réfléchirait, selon Les Echos, à bloquer la convocation de l'assemblée générale des actionnaires de la compagnie. Prévue en avril, elle devait voir reconduit le mandat de Pieter Elbers, le président de KLM. Paris aurait par ailleurs écarté la possibilité d’une nouvelle montée au capital de l’alliance mais a fait savoir qu’elle n’accepterait pas la nomination d’un administrateur néerlandais supplémentaire.

Cette surprise affichée du côté français est aussi partagée par le conseil d’administration d’Air France-KLM, qui s’est réuni mercredi 27 février. « Cette acquisition intervient après des discussions avec toutes les parties prenantes, y compris l'Etat néerlandais, et l'approbation unanime par le groupe de l'organisation managériale dirigée par le PDG du groupe, Benjamin Smith », a-t-il rappelé dans un communiqué. « Le groupe était également prêt à confirmer au gouvernement néerlandais l'engagement de continuer à renforcer le développement de Schiphol en tant que hub européen et de soutenir le développement de KLM ».

En réponse, le gouvernement néerlandais, par la voix de Wopke Hoekstra, a déclaré : « Air France-KLM n'est pas assez compétitif et il reste du travail à faire. »

Les marchés boursiers semblent quant à eux partager les inquiétudes de Paris. Le cours d’Air France-KLM a décroché de 12 % le 27 février.

Cécile Chevré

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