Agnès Pannier-Runacher, de technocrate à politique

Grâce à sa force de travail et sa maîtrise des dossiers, Agnès Pannier Runacher s’impose peu à peu dans l’exécutif. Pour peser davantage, il lui faudra toutefois sortir de son image de technocrate. Cela semble en bonne voie.

© PBagein

Grâce à sa force de travail et sa maîtrise des dossiers, Agnès Pannier Runacher s’impose peu à peu dans l’exécutif. Pour peser davantage, il lui faudra toutefois sortir de son image de technocrate. Cela semble en bonne voie.

Sciences Po, HEC, ENA, Inspection des finances, postes de direction aux Hôpitaux de Paris, à la Caisse des dépôts et consignations et au Fonds stratégique d’investissement. Puis carrière dans le secteur privé chez Faurecia ou à la Compagnie des Alpes. Agnès Pannier-Runacher coche toutes les cases du parcours parfait d’une "élite de la Nation". Lorsqu’en 2016 elle rejoint les premiers Marcheurs, les observateurs lui prédisent un beau parcours. Ils ne se sont pas trompés.

Montée en puissance à Bercy

En octobre 2018, elle fait son entrée au gouvernement et succède à Delphine Gény-Stephann au poste de Secrétaire d’État auprès de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances. La mission est délicate : seconder l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy qui aime centraliser toutes les décisions et ne cherche pas forcément à déléguer de lui-même. Pour s’imposer, culot, audace et réactivité sont des qualités requises. Qualités qui semblent avoir manqué à son prédécesseur.

Si la mission principale d’Agnès Pannier-Runacher consiste à réindustrialiser l’Hexagone, elle ne se prive pas d’élargir peu à peu ses compétences. La quadragénaire s’impose peu à peu sur les questions d’artisanat et de commerce, pilote la refonte du Code de la commande publique mais aussi le processus d’attribution des fréquences 5G. Cette posture hyperactive plaît à son ministre de tutelle qui loue à plusieurs reprises son efficacité.

Gagnante de la crise

Durant les premiers mois de la crise sanitaire, alors que certains membres du gouvernement, à commencer par la porte-parole Sibeth Ndiaye, ne brillent pas vraiment dans les médias, Agnès Pannier-Runacher est à pied d’œuvre. C’est elle qui s’occupe de l’approvisionnement en masques et en gel hydroalcoolique grâce à une stratégie d’import puis en chapeautant la relance de la production nationale qu’elle pilote activement. Une opération commando qui porte ses fruits. Son passé à l’APHP et dans l’industrie en fait également la personne idoine pour lancer un consortium entre Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo. Objectif : fabriquer en 50 jours 18 000 respirateurs. Mission accomplie haut la main. Alors qu’un remaniement ministériel d’ampleur s’annonce à l’été 2020, le secrétaire d’État peut voir l’avenir avec sérénité puisqu’elle fait partie des "bons élèves" de la crise sanitaire.

En juillet, la voilà donc promue ministre chargée de l’Industrie. Ce titre lui permet de grimper dans l’ordre protocolaire et de voir son action symboliquement récompensée. Mais aussi sa charge de travail augmenter. Elle est notamment responsable de la mise en œuvre de l’ambitieuse stratégie qui, dans le cadre du plan de relance, vise à faire de la France un leader mondial de l’hydrogène. Elle assure également le pilotage de la "task force" tricolore qui participe aux négociations européennes sur la commande de vaccins.

Devenir une politique

Pour reprendre un terme que le monde du management et des RH affectionne, Agnès Pannier-Runacher dispose de hard skills qui la rendent incontournable dans la majorité. Pour continuer sa montée en puissance au sein de la Macronie, il lui faut toutefois se muer en véritable politique. Première étape, éviter les "petites phrases" susceptibles de faire polémique. Un défi pour cette adepte du parler cash qui a commis quelques impairs. Exemples parmi d’autres, affirmer que le marché français des retraites par capitalisation n’était qu’une "boîte de Smarties" pour BlackRock ou encore expliquer au début de la crise sanitaire que la baisse de la Bourse était le moment de "faire de bonnes affaires". Depuis sa promotion dans le gouvernement Castex, son discours semble se lisser, ce qui la conforte dans son statut d’étoile montante.

Autre défi pour le bras droit de Bruno Le Maire : sortir de son rôle de technocrate et prendre du poids politique. Car, pour le moment, celui-ci est en deçà de ses espérances. À son actif seulement une 7e place sur la liste LREM aux élections municipales dans le XVIe arrondissement. C’est la raison pour laquelle elle fait partie des fondateurs et des piliers de Territoires de progrès, parti qui souhaite incarner l’aile gauche de la Macronie et obtenir des investitures aux prochaines élections et des places dans les prochains gouvernements. Imaginer Agnès Pannier-Runacher porte-voix de l’aile gauche de la majorité, aux manettes de Bercy en 2022, est donc une éventualité. Les paris sont ouverts.

Lucas Jakubowicz

Retrouvez sur le lien suivant l'interview accordée à Décideurs Magazine par Agnès Pannier-Runacher.

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