A. Wiart (Vicat) : "La France dispose d'une très bonne culture du risque industriel"

Directeur des assurances du cimentier Vicat depuis 2008, Arnaud Wiart est un homme de terrain. Il parcourt le monde à la rencontre des opérationnels du groupe afin d’être au plus proche de leurs problématiques. Il expose pour Décideurs les principaux risques auxquels est confrontée l’entreprise et revient sur l’importance de la culture du risque.

Directeur des assurances du cimentier Vicat depuis 2008, Arnaud Wiart est un homme de terrain. Il parcourt le monde à la rencontre des opérationnels du groupe afin d’être au plus proche de leurs problématiques. Il expose pour Décideurs les principaux risques auxquels est confrontée l’entreprise et revient sur l’importance de la culture du risque.

Quels sont les principaux risques pour un groupe cimentier international comme Vicat ?

Vicat est l’héritier d’une tradition industrielle débutée en 1817 avec l’invention du ciment artificiel par Louis Vicat. Depuis, sept générations d’entrepreneurs familiaux se sont succédé pour développer le groupe dans un processus de consolidation, d’intégration verticale puis de développement international. Le groupe en tire une forte culture du retour d’expérience et de la gestion du risque. Développer l’héritage, préserver le patrimoine, innover constamment : autant d’enjeux qui nécessitent d’avoir à gérer de nombreux types de risques, dont le risque pays. La crise économique que nous venons de traverser, a priori une des plus longues que les cimentiers ont connus, illustre cette capacité à nous adapter. Pour le groupe cela a été l’opportunité de se remettre en question par un véritable choc de simplification et d’optimisation des coûts notamment combustibles, tout en continuant à intégrer de nouveaux pays comme le Kazakhstan, l’Inde et le Brésil. Ceci étant dit, le risque classique d’intensité est le défaut de qualité de nos produits et, en fréquence, le bris de machine du fait de la nature des équipements que nous utilisons (broyeur, concasseur, moteur…). Nous sommes une industrie lourde avec ses contraintes mécaniques. L’exposition aux risques naturels est globalement très modérée. Reste maintenant une nouvelle menace dont les contours sont encore flous qui est le cyber-risque.

Justement, comment appréhendez-vous le cyber-risque ?

Le cyber-risque est une « bombe atomique » ! Il arrivera forcément un jour mais impossible de savoir quand. Il faut donc prévoir les potentielles conséquences et les réponses à apporter rapidement en cas d’attaques.  Se préparer nécessite un travail conjoint entre l’entreprise (DSI, direction de la sûreté, direction juridique et assurances), l’assureur accompagné de son consultant et de notre courtier Bessé qui a eu un rôle clé dans la sensibilisation, la rédaction de la police et la coordination. C’est un travail d’équipe et de prévention sans fin. 

Quelle importance revêt pour vous la culture du risque ?

La culture du risque est déjà très développée au sein de notre groupe. J’ai d’ailleurs pour mission de diffuser cette culture selon ma compétence (préventions bris, incendie, et gestion du risque produit) à l’ensemble des opérationnels. Il est essentiel d’avoir une connaissance concrète des différents sites de production. La direction générale de Vicat veille à ce que cette culture reste celle d’ingénieurs de terrain. Il faut que les usines tournent et que chacun rentre chez soi sain et sauf. L’un étant souvent lié avec l’autre. De fait, il nous est demandé une vigilance constante. Pour ce qui nous concerne, cela se fait tant par la prévention que par la gestion des litiges, et par l’obligation de « bienveillance » si nous voyons un comportement à risques sur nos sites, ce qui n’est pas toujours évident selon les pays.

« Il nous est demandé une vigilance constante »

Dans la même logique de respect de l’entreprise, des hommes et des usines, nous veillons au respect de la nature à qui nous devons nos matières premières. Tous nos sites sont réaménagés au fur et à mesure : nouvelles espèces végétales et animales, développement de techniques d’ensemencement hydraulique pour accélérer la repousse de la végétation… Nous faisons tout pour que nos carrières soient ainsi une opportunité pour préserver la biodiversité. Nous sommes fortement ancrés localement et participons aussi à des actions sociales et caritatives. C’est également une demande forte des nouvelles générations pour les aider dans leur choix de s’investir au sein d’une entreprise.

Comment voyez-vous l’évolution du milieu de l’assurance dans les années à venir ?

Le marché français de l’assurance est l’un des meilleurs au monde en matière de risque industriel. Nous avons une réglementation obligeant chacun d’être un « bon partenaire » et assez protecteur des droits de l’assuré. Le marché en est ainsi plus équilibré. La France dispose d’une très bonne culture du risque industriel grâce à la création d’un écosystème comprenant des gestionnaires de sinistres, des courtiers, des avocats, des experts, etc. Il est donc, selon moi, difficile de trouver aussi bien ailleurs. Les assureurs nous aident à prendre des risques et investir dans de nouveaux pays. J’ai cependant peur qu’avec l’excès de règle de gouvernance les assureurs soient moins réactifs, plus frileux et que nous perdions cette spécificité française.

Propos recueillis par Margaux Savarit-Cornali

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