A.Peyrel (Bredhill) : "Dans le futur on demandera des comptes en matière de RSE"

A.Peyrel (Bredhill) : "Dans le futur on demandera des comptes en matière de RSE"

Antoine Peyrel est co-fondateur de Bredhill, un cabinet de conseil en transformation responsable qui aide à la mise en place des stratégies et engagements RSE d’établissements financiers, et les accompagne dans leur mise en œuvre.

Décideurs. Que représente la RSE pour les entreprises?

Antoine Peyrel. Voici une dizaine d’années, la RSE c’était essentiellement l’environnement. Les entreprises agissaient d’une façon qui n’était pas directement liée à leur métier: consommer moins de papier, s’inscrire dans une association. Le volet social était initialement en lien avec les risques psycho-sociaux, à la suite de la vague de suicides chez France Télécom. Puis est venue la question de l’égalité hommes-femmes, d’abord simple obligation de moyens, elle s’est aujourd’hui transformée en obligation de résultat. La RSE est en train de suivre le même chemin et les sociétés ont commencé à réfléchir en termes de RSE, aussi bien vis-à-vis de leurs clients que de leurs collaborateurs. Par exemple, une banque va accorder des crédits spécifiques à taux bonifié à destination des rénovations énergétiques des bâtiments, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises. Côté social, on voit apparaître des promesses RSE qui dépassent le métier, notamment lutter contre la pauvreté ou contre l’obésité.

Qu’est-ce qui peut poser problème dans cette approche?

Le problème, c’est qu’il n’existe pas de référentiel normé, au contraire des investissements responsables pour lesquels il existe une taxonomie. La difficulté pour les entreprises, c’est donc de savoir comment traduire les engagements pris en faveur de la RSE en actions concrètes. Au niveau de l’entreprise, on pourra changer le contrat d’électricité pour utiliser de l’électricité verte ou réduire le stockage des boîtes e-mails. Au niveau des collaborateurs, on pourra aider à la mobilité.

Mais comment mesurer tout cela?

Dans le cas de la mobilité, aujourd’hui on ne sait pas dire si le collaborateur vient en voiture, à vélo ou en métro. Ces nouvelles données devront donc être recueillies et enregistrées. Il faudra ensuite montrer que l’on a atteint les objectifs, parce que l’on est aujourd’hui dans un monde où tout ce que dit l’entreprise dans sa communication doit pouvoir être prouvé et démontré. Autre exemple, le numérique responsable consistera à intégrer la conception responsable des équipements, leur cycle de vie, leur bilan carbone. Il faudra donc créer des indicateurs qui seront recensés dans un tableau de bord de performance pour les lier à ce qui aura été dit en termes d’engagements RSE. Ce qui va motiver cette piste d’audit, ce n’est pas la réglementation, qui n’est pas encore prête, ce sont les ONG qui surveillent ce que disent les entreprises, ainsi que les collaborateurs et les actionnaires.

Que réserve l’avenir ?

Aujourd’hui, la RSE oblige simplement les entreprises à s’engager et à dire ce qu’elles font, mais elles peuvent prendre les engagements responsables de leur choix, sauf sur l’égalité hommesfemmes puisque la réglementation oblige à détailler les mesures prises et publier les différences de salaire. Mais tout cela ne fait que commencer. Dans les 3 à 5 prochaines années, on regardera de façon de plus en plus précise ce que font les entreprises, on leur demandera de rendre des comptes. Pour le moment les plans stratégiques se font le plus souvent à 3 ans, avec des engagements qui ne sont pas toujours chiffrés. L’avenir obligera à avoir davantage de données RSE dans les systèmes d’information, avec des indicateurs de performance et d’engagement. La réglementation évoluera pour obliger à publier les informations.

La RSE fait-elle évoluer les produits et les services?

Il existe des fintechs qui essaient de faire de la banque une banque 100 % verte, par exemple avec des cartes bancaires qui permettent de calculer, en fonction des achats, l’empreinte C02 des objets achetés, et qui proposent ensuite de compenser en versant des montants auprès d’associations ou en investissant dans des projets durables. Cela peut changer la manière de consommer. Ces start-up se créent parce qu’il y a de plus en plus de consommateurs intéressés par ces sujets, et parmi elles, celles qui fonctionnent seront rachetées par les grands groupes bancaires. Leur approche deviendra une pratique de place.

Les comportements changent-ils?

Nous avons vu évoluer les conduites. Notre credo est de faire du conseil en transformation durable. C’est une vraie conviction. Lorsque nous avons créé la société, nous sommes allés voir des prospects en leur parlant des impacts directs ainsi que de la RSE. La plupart étaient assez peu réceptifs. Quelques années plus tard, beaucoup ont changé de point de vue et s’y sont mis. Les comportements changent, peut-être lentement parce que les dirigeants d’entreprise âgés de cinquante ans se sentent un peu moins concernés, mais ils ont des enfants qui mettent ces sujets en avant. Il faut montrer l’exemple.

Propos recueillis par Gilles Lancrey

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