A. Morin (Schneider Electric) : "Il n’y a pas d’éthique sans compliance ni de compliance sans éthique !"

Depuis juillet 2019, Audrey Morin occupe la fonction de group compliance director au sein de Schneider Electric. Elle s’exprime sur les principaux enjeux de l’éthique et de la conformité pour le leader mondial en gestion de l’énergie et en automatisation, et présente les actions mises en place au sein du groupe.

Depuis juillet 2019, Audrey Morin occupe la fonction de group compliance director au sein de Schneider Electric. Elle s’exprime sur les principaux enjeux de l’éthique et de la conformité pour le leader mondial en gestion de l’énergie et en automatisation, et présente les actions mises en place au sein du groupe.

Décideurs. Vous avez défini un programme Ethics & Compliance au sein du groupe tout en mettant en place un département s’y consacrant. Selon vous, quelle est la plus grande difficulté dans l’établissement d’une bonne compliance d’entreprise ?

Audrey Morin. Un groupe international rencontre trois principaux enjeux pour établir une bonne compliance d’entreprise. La première est de s’assurer que le programme soit entièrement imbriqué dans les valeurs de l’entreprise. Chez Schneider Electric, notre culture de speak up, allant de la simple possibilité de parler au fait de recourir au système d’alerte du groupe, est élaborée en étroite collaboration avec le département des ressources humaines et fait partie de notre stratégie people 2021-2025. La deuxième difficulté est d’assurer que le programme soit en accord avec le business model du groupe, car pour être efficace, il doit permettre d’accompagner tous les opérationnels. À cet égard, nous nous positionnons en tant que partenaires de nos clients sur leur transformation numérique de la gestion de l’énergie et ce modèle d’affaires se reflète par conséquent dans notre programme d’éthique et de compliance pour qu’il puisse répondre également à leurs attentes. Enfin, le troisième enjeu pour un groupe international est d’établir une réelle connexion avec les problématiques de chaque entité. Comme Schneider Electric est implanté dans plus de 100 pays, nous avons mis en place un réseau de compliance officers depuis 2019 afin d’harmoniser localement l’implémentation du programme de compliance et garantir son opérationnalité en tenant compte des réglementations, des risques et des spécificités locales.

Schneider Electric a publié pour la première fois un rapport annuel Compliance 2020. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avons publié pour la première fois un rapport annuel en 2020 synthétisant nos initiatives en matière de gouvernance et de projets. Il met en lumière tous les travaux réalisés pour mettre à jour notre programme éthique et compliance. Établi dans plusieurs pays, Schneider Electric suit d’ailleurs de près les développements opérés dans le monde à ce sujet ainsi que les dernières tendances, afin de répondre aux obligations spécifiques applicables aux entités locales. Ce travail a ainsi rassemblé une multitude de collaborateurs, fermement convaincus que l’éthique fait partie des principales valeurs du groupe. 

Le même rapport évoque l’adoption d’un nouveau code de conduite anticorruption. En quoi cette refonte a-t-elle été nécessaire ?

Notre code de conduite anticorruption a déjà été revu en 2017 afin d’intégrer les exigences prévues par la loi Sapin 2. Lorsque nous avons réalisé une nouvelle cartographie des risques anticorruption en 2018, une seconde refonte du code a été opérée afin d’adresser spécifiquement les risques identifiés, tout en tenant compte des spécificités et des réglementations locales de chaque entité du groupe.  Véritable outil pédagogique, cette nouvelle version sert ainsi de base pour nos formations anticorruption puisqu’elle décrit des situations concrètes que nos collaborateurs pourraient rencontrer au quotidien dans l’exercice de leur activité.

"Nous sommes partenaires de nos clients sur leur transformation numérique de la gestion de l’énergie et ce modèle d’affaires se reflète dans notre programme d’éthique et de compliance".

Il réitère notamment une tolérance zéro pour les faits de corruption, les pots-de-vin et toutes autres pratiques contraires à l’éthique. Comment cette politique mise en œuvre au sein du groupe se traduit-elle en pratique ?

La tolérance zéro existe depuis de nombreuses années chez Schneider Electric et se retrouve notamment dans notre charte éthique. Notre programme de formation a été entièrement refondu en s’appuyant sur les principes clés du design thinking pour connaître les besoins de formation de chaque collaborateur. En étroite collaboration avec les ressources humaines, les populations les plus exposées aux risques de corruption ont été identifiées dans le cadre de notre cartographie en 2018 pour que, chaque année, notre formation leur soit assignée. Par ailleurs, des procédures spécifiques ont été mises en place pour aider les collaborateurs à identifier les risques auxquels ils peuvent être exposés au quotidien. Par exemple, nous avons mis en place une procédure de déclaration des conflits d’intérêts pendant le premier semestre 2021 : cette procédure prévoit une campagne annuelle de déclaration obligatoire pour les personnes exposées à des risques de conflits d’intérêts, accompagnées par une formation préalable sur les situations qu’elles pourraient rencontrer et qui seraient considérées comme des situations à déclarer. Grâce à notre système d’alerte, nous nous assurons que les potentiels cas de non-compliance pouvant surgir soient connus du groupe et puissent être traités avec la même rigueur et la même procédure. Schneider Electric dispose d’ailleurs d’un comité opérationnel compliance groupe, lequel supervise l’ensemble des cas reportés, quels que soient le pays ou l’entité légale, et s’assure que les alertes ainsi que les enquêtes internes soient résolues conformément à notre politique interne de gestion des cas. Agissant comme de véritables trusted advisors, chaque compliance officer accompagne son management local dans les appels d’offres par exemple, ou d’autres projets spécifiques, afin prévenir ou atténuer les risques s’ils devaient survenir

Schneider Electric dispose d’un groupe Ethics & Compliance committee. Aujourd’hui, est-il toujours pertinent de parler de compliance sans parler d’éthique ?

Notre gouvernance reflète la complémentarité de ces deux notions : il n’y a pas d’éthique sans compliance ni de compliance sans éthique ! Et la notion de compliance va au-delà de la conformité légale, car il s’agit également d’une conformité à nos engagements par rapport aux valeurs que nous portons. Ainsi, l’éthique est d’autant plus un principe partagé par l’ensemble de nos collaborateurs et la compliance s’assure qu’elle soit mise en action dans les opérations quotidiennes. Tous les départements du groupe ont pour mission commune d’accompagner leurs équipes dans l’apprentissage des différents paramètres qui font de Schneider Electric une entreprise éthique et responsable.

Schneider Electric a été de nouveau désigné cette année parmi les entreprises les plus éthiques au monde par l’institut Ethisphere. Quelles sont les valeurs portées par le groupe ?

Notre business model prend entièrement en compte les enjeux du développement durable: les considérations environnementales, sociales et de gouvernance sont intégrées dans tous les aspects de nos activités et nous accompagnons nos clients à atteindre leurs objectifs en ce sens. Par ailleurs, nous promouvons une culture de l’empowerment au sein du groupe pour que chaque collaborateur se sente responsable de ses actions, en s’assurant que les valeurs que nous défendons soient respectées de tous. Enfin, nous veillons à ce que les entreprises avec lesquelles nous travaillons soient alignées avec nos valeurs. À ce titre, nous avons mis en place un système d’alerte externe en 2018 destiné à l’ensemble de nos parties prenantes et fournisseurs, l’objectif étant de s’assurer que la confiance soit ancrée dans les rapports entre nos collaborateurs et les tiers. D’ailleurs, dans notre rapport Schneider Sustainability Impact (SSI) 2021-2025, l’indicateur Trust prend en compte les moyens mis en place pour que cette confiance soit établie auprès de nos fournisseurs. Cette reconnaissance d’Ethisphère nous encourage à nous améliorer encore davantage.

Propos recueillis par Jessie Razafindrabe

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