A. Minvielle (McKinsey) : « Les institutionnels n’ont pas vocation à remplacer les sociétés de gestion »

Responsable de la practice Private Equity pour McKinsey en France, Arnaud Minvielle décrit les mécanismes qui poussent l'industrie vers le haut depuis de nombreux mois maintenant.

Responsable de la practice Private Equity pour McKinsey en France, Arnaud Minvielle décrit les mécanismes qui poussent l'industrie vers le haut depuis de nombreux mois maintenant.

 

Dealmakers. Comment se porte le marché du private equity dans le monde ?

Arnaud Minvielle. L’investissement dans le non coté a battu tous les records l’année dernière. Plusieurs indicateurs se sont améliorés, et tout particulièrement les levées de fonds qui ont totalisé 750 milliards de dollars. Cette tendance haussière est valable partout dans le monde – à l’exception de quelques économies émergentes plus volatiles − et particulièrement marquée pour certains métiers du private investment, notamment le private equity et la dette privée.

Les « mega funds » semblent lever toujours plus d’argent. Combien de temps encore vont-ils bénéficier de la grande confiance des LPs ?

Dans un environnement où les liquidités en capital comme en dette affluent, les « mega funds » − véhicules de plus de cinq milliards de dollars – sont les premiers bénéficiaires de l’augmentation des collectes. Leurs performances, bien supérieures aux standards des marchés cotés, expliquent cette tendance, mais ce n’est pas l’unique raison (le delta est de 6 % par rapport au rendement moyen des indices boursiers). Les asset managers réfléchissent différemment aujourd’hui. Il y a quelques années encore, ils n’allouaient que 5 à 10 % de leurs actifs au non coté, un marché jugé nettement alternatif. Désormais, il est considéré comme étant beaucoup plus mainstream.

S’il est toujours difficile de prévoir les tendances sur le long terme, les sous-jacents restent solides et portent la croissance du secteur. Les plus gros fonds offrent de meilleurs retours aux LPs que leurs homologues de petite taille. Les investisseurs gagnent en sophistication, cherchent une performance récurrente et des effets d’échelle. Outre la diminution des frais de gestion qu’il acquitte, l’institutionnel attend que ses retours nets soient optimisés : limiter le nombre de relations avec les GPs lui permet d’être plus efficace dans le suivi, la liquidation et la réallocation de ses capitaux.  

Les sociétés de gestion européennes auraient-elles intérêt à se regrouper ou s’organiser pour créer de véritables plates-formes ?

Au-delà de potentiels regroupements entre acteurs, la priorité est donnée à la diversification, qu’il s’agisse d’ajouter des classes d’actifs ou de nouveaux marchés géographiques. Certaines acquisitions permettent également d’acquérir de nouvelles compétences, notamment digitales, ou même d’améliorer le sourcing des deals. L’autre voie de développement est, au contraire, celle de la spécialisation : ici, les sociétés de gestion peuvent conserver une taille plus modeste, à condition d’offrir l’expertise approfondie d’un secteur d’activités, d’une région ou d’une problématique particulière (retournement, co-investissement, hypergrowth…).

Family offices, fonds de pension, fonds souverains investissent de plus en plus directement dans le private equity. Est-ce seulement pour réduire leurs frais de gestion ?

Certes, l’un des objectifs est la réduction de coûts. Mais la volonté de ces grands financiers est surtout de mieux comprendre le comportement des GPs. In fine, ils approfondissent la connaissance de leurs besoins et pourront, plus tard, affiner leurs partenariats en conséquence. Les institutionnels n’ont pas vocation à remplacer les sociétés de gestion, et ce n’est pas, au demeurant, la nature du mandat qui leur a été confié.

À 10,7 en moyenne, le multiple de valorisation d’une entreprise par rapport à son Ebitda n’a jamais été aussi haut dans l’histoire du private equity. Est-ce fondamentalement un problème ? On voit cependant que ces valorisations sont soutenues par un rapport équilibré entre dette et capital. Les GPs ont-ils tiré les leçons de la crise de 2008 ?

En effet, le chiffre de 10,7 est un record en la matière. Il a encore gagné un point en un an. En des temps aussi inflationnistes, les investisseurs sont contraints à l’excellence tant opérationnelle que stratégique. Bien sûr, une telle situation représente une aubaine à la vente, mais à l’achat, cela implique d’investir de manière encore plus rigoureuse. Toutefois, ce multiple variant selon les secteurs, on peut donc imaginer qu’il justifie la croissance espérée d’un certain nombre d’activités au premier rang desquelles la santé, les biotechs et l’IT.

Quant au financement plus équilibré des deals entre dette et capital, cela montre que les GPs et les prêteurs ont tiré des enseignements de la crise de 2008.

 

FS

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