A Marseille : Tout est K.O

Marseille a vécu une campagne municipale à rebondissements dont les derniers soubresauts rendent difficiles le moindre pronostic.

Marseille a vécu une campagne municipale à rebondissements dont les derniers soubresauts rendent difficiles le moindre pronostic.

Alors cela ressemble à ça le "monde d’après" ? Le spectacle de la campagne municipale, offert gracieusement par les candidats marseillais, a de quoi dérouter les électeurs les plus rompus aux joutes politiques. Le "nouveau monde" est en plein chaos et les références et autres alliances du temps passé n’offrent plus une grille de lecture à même de faire comprendre les enjeux de ces deux élections cruciales. C’est simple, une mère n’y retrouverait pas ses petits. Et la mère patrie ?

Duel fratricide à droite

Partons donc en direction de la planète Marseille qui, à en croire la quasi-entièreté des candidats aux municipales, graviterait autour d’un "système" qu’il conviendrait de dénoncer. Ce "système" c’est le "système Gaudin" auquel, aux dires de ses adversaires, appartiendrait Martine Vassal, candidate LR, actuelle présidente du Conseil départemental, de la métropole Aix-Marseille, et ancienne adjointe de l’actuel maire entre 2001 et 2014. Sa désignation en novembre dernier par la Commission nationale d’investiture du parti de droite, a suscité à la fois la colère et la dissidence de Bruno Gilles, président de la fédération LR départementale (jusqu’à sa démission en décembre dernier) et surtout ancien premier adjoint, pendant une douzaine d’années, de Jean-Claude Gaudin qui en avait fait un temps son successeur attitré.

Désormais, Bruno Gilles n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le bilan de son ancien mentor comme lors de ses vœux qu’il a adressés à la population marseillaise, le 13 janvier, où il assure vouloir "en finir avec un système réprouvé de tous en plaçant la prochaine mandature sous le signe de l’éthique, de la transparence et de la démocratie participative. Pour, enfin, changer de cycle". Vous arrivez à suivre ? Bravo.

Le "nouveau monde" est en plein chaos et les références du temps passé n’offrent plus une grille de lecture à même de faire comprendre les enjeux de ces deux élections cruciales.

Cette division fratricide de la droite républicaine a logiquement conduit à la dispersion des voix lors du premier tour, avec respectivement un peu plus de 22,3 % pour Martine Vassal et 10,65 pour Bruno Gilles et aucun accord d’union ou de fusion trouvé pour le second tour. Ce cumul de 33 % s’il est décevant au regard des 37 % réalisés par Jean-Claude Gaudin en 2014, permet toutefois de nuancer le rejet par les électeurs d’"un système" en place depuis 1995…

Le tragique effondrement en novembre 2018 de deux immeubles rue d’Aubagne au bilan terrible - 8 morts et des milliers de Marseillais évacués les mois suivants - avait d’ailleurs donné lieu à une cynique récupération de nombreux politiques qui voyaient là occasion de critiquer le fameux "système" et de lancer symboliquement leur campagne. Reste que le caractère pour le moins brutal des mœurs politiciennes phocéennes n’est pas l’apanage des actuels ou ex-LR.

A gauche, Ubu en son royaume

La gauche n’avait pourtant pas ménagé ses efforts pour réussir l’union après l’échec cinglant de 2014. Une mission presque accomplie avec la candidature de Michèle Rubirola, conseillère départementale écologiste, qui a réussi à réunir sous sa bannière, "le printemps marseillais" : le PS, Place Publique, Génération.s, des élus de la France Insoumise et des militants de son ancien parti, EELV, mais pas l’investiture du parti écologiste ! Car c’est aussi le charme des obédiences locales, EELV a choisi de désavouer son ancienne représentante et de se présenter séparément avec une liste conduite par Sébastien Barles. Ubu est décidemment en son royaume sur les terres marseillaises puisque la sénatrice ex-PS, Samia Ghali, avait choisi dès décembre de tenter sa chance sous ses propres couleurs avec la liste "Marseille avant tout".  

Résultat de cet éparpillement ? Un vrai succès au premier tour pour Michèle Rubirola qui est arrivé en tête de toutes les listes avec 23,44 % et qui a même obtenu en vue du second un ralliement du candidat EELV, Sébastien Barles dont le choix autonome le 15 mars dernier n’avait convaincu que 8 % des électeurs. Samia Ghali elle, avec un résultat global de 6,4 % a décidé de se maintenir dans un 8ème secteur crucial, sans trouver d’accord avec le représentant communiste du Printemps Marseillais, Jean-Marc Coppola qui ne désirait pas s’associer avec une candidature qui incarne…le système politique marseillais".

LREM : faiseur de roi, faiseur de reine ?

En dépit des divisions inhérentes à chaque camp, on pourrait croire que le futur premier magistrat de la ville sera la résultante d’un affrontement gauche / droite à l’ancienne. C’est sans compter sur le poids électoral majeur du Rassemblement National représenté par Stéphane Ravier qui, en dépit d’un score plutôt décevant (19,45 % en baisse de 4 points par rapport à 2014), se maintient partout et a encore la possibilité de conserver sa mairie du 7ème secteur.

Aussi, c’est finalement peut-être à la République en Marche que reviendra le rôle de l’arbitre des élégances (si l’on ose dire…). En choisissant de se maintenir dans le 4 ème secteur, Yvon Berland, la tête de liste de LREM, s’octroie un rôle de faiseur de rois (ou de reine) bien plus important que ce que laissait présager son score global (7,88%). Son maintien dans le fief de Martine Vassal provoque une quadrangulaire dont le résultat aura des conséquences certaines sur le troisième tour.

Car voilà donc, en paraphrasant Desproges, s’annoncer l’unique évidence au milieu de ce chaos cacophonique : la seule certitude quant à l’identité du prochain maire de Marseille, c’est le doute…

Sébastien Petitot

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