A. Lherbière (La Mutuelle Générale) : "Il me paraît légitime que le rendement soit lié à un risque"

Dans un environnement marqué par les taux bas, La Mutuelle Générale a abaissé sa part investie en produit de taux avec l’idée de privilégier les actifs de l’économie réelle. Arnaud Lherbière, directeur technique et financier et Matthieu Esposito, directeur investissements et trésorerie, nous font part de leur conviction.
Arnaud Lherbière et Matthieu Esposito

Dans un environnement marqué par les taux bas, La Mutuelle Générale a abaissé sa part investie en produit de taux avec l’idée de privilégier les actifs de l’économie réelle. Arnaud Lherbière, directeur technique et financier et Matthieu Esposito, directeur investissements et trésorerie, nous font part de leur conviction.

Troisième mutuelle de France et experte des métiers de l’assurance santé et de la prévoyance, La Mutuelle Générale couvre 1,4 million de personnes. Elle dispose aujourd’hui de 2,5 Md€ d’actifs sous gestion et intervient en tant qu’allocataire stratégique avec pour principale mission d’identifier et de faire appel aux meilleurs gérants par type d’actif.

Décideurs. Le président de la BCE, Mario Draghi, a récemment annoncé de nouvelles mesures en soutien de l’économie de la zone euro avec la baisse du taux de dépôt de 0,10 points de base et la réouverture du Quantitative Easing à partir du 1er novembre pour 20 milliards d’euros par mois. Comment accueillez-vous ces mesures ? Auront-elles des incidences sur vos choix d’investissements ?

Arnaud Lherbière. Depuis de nombreuses années, les taux sont régulièrement revus à la baisse. Ce n’est bien évidemment pas une bonne nouvelle pour les investisseurs. Cela a un impact financier non négligeable mais aussi assurantiel. Le taux de rendement de notre actif général est en baisse et nos provisions mathématiques d’assurance sont revues à la hausse. Cet affaissement de la courbe des taux a cependant pour objectif de soutenir l’économie. Or, une économie en meilleure santé constitue un précieux soutien pour nos investissements et pour nos clients. Pour faire face à cette baisse structurelle des taux, nous avons entrepris depuis plusieurs années de revoir notre politique d’investissement. Nous avons un peu allongé la duration de notre portefeuille obligataire. On se tourne aussi davantage vers des classes d’actifs moins liquides tels que l’immobilier, la dette privée ou les infrastructures. Nous restons cependant à un niveau de risque modéré, en raison notamment des contraintes pesant sur nous en matière de ratios de solvabilité.

"Nous avons abaissé nos positions sur les obligations"

Quelle stratégie obligataire mettez-vous en œuvre dans un environnement de taux durablement bas ? Quelle place tient le segment du high yield ?

A. L. Nous avons allongé la duration de notre portefeuille. Nous avons également abaissé nos positions sur les obligations. La part investie en produits de taux est ainsi passée de 70 % à 65 % avec l’idée sous-jacente de privilégier les actifs de l’économie réelle. 

Matthieu Esposito. Nous avons fait le choix de la prime d’illiquidité plutôt que de dégrader la qualité de crédit de notre portefeuille. Nos positions sur le high yield sont epsilonesques et se font davantage par opportunisme. Nous préférons rechercher la prime d’illiquidité sur de la dette privée et des infrastructures voire la prime de complexité en apportant un financement réel sur des structures un peu plus techniques.

A. L. Cette prime d’illiquidité est l’un de nos atouts. Au-delà de nos fonds propres, nous détenons des passifs d’assurance très long terme, avec des durations très longues. 600 M€ à 700 M€ sont ainsi conservés pendant trente-cinq ans.

Investissement en action : où placez-vous le curseur après la remontée des marchés financiers du premier semestre 2019 ? La diversification géographique est-elle un levier de performance que vous activez ?

A. L. Nous sommes assez peu investis en actions. Cette classe d’actifs devrait représenter 3 % de notre portefeuille, mais ce palier n’a pas encore été atteint. Nous en sommes à 2,5 %. À l’exception des États-Unis, nous n’avons pas beaucoup diversifié nos positions au-delà de l’Europe. Le private equity est une classe d’actifs qui nous intéresse également. Elle devrait à terme représenter près de 2 % de nos investissements.

"Nous avons fait le choix de la prime d’illiquidité"

Quelle politique ISR menez-vous ? Privilégiez-vous une politique d’exclusion ou de conviction ? 

A. L. En tant que mutuelle, nous avons un conseil d’administration très attentif sur le sujet. Nous avons notamment exclu certains secteurs d’activité. L’investissement ISR est mené à travers les mandats que l’on confie aux gérants d’actifs et à qui l’on transmet nos objectifs.

Quel est votre état d’esprit actuel ? Comment pilotez-vous votre allocation dans un contexte de taux durablement bas, et alors que les valorisations demeurent élevées sur les marchés actions ?

A. L. La baisse des taux perturbe le marché et a pu donner lieu à des changements de position brutaux de la part de certains investisseurs. Certes, il faut tenir compte de l’évolution du marché, mais nous veillons à ne pas surréagir, à garder la tête froide. Un assureur doit gagner sa vie en prenant des risques d’assurance. Les placements rapportant de moins en moins, l’assureur revient donc à son métier initial : sélectionner des risques et gagner de l’argent sur la gestion de ces risques. Ce retour à la normale me semble plutôt sain. Malgré la baisse des taux, nous considérons, par ailleurs, qu’il y a toujours de la valeur. Notre rôle est de rechercher la valeur ajoutée apportée par les meilleurs gérants. Seuls les bons acteurs vont s’en sortir. Sur ces questions, nous faisons preuve d’agilité, de réactivité. Il me paraît légitime que le rendement soit lié à un risque.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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