"Oui, malgré le télétravail, le bureau reste indispensable"

Certains, conquis par le télétravail, ne veulent retourner au bureau qu'avec parcimonie. Pour autant, le bon vieil open space semble promis à un bel avenir. Adrien Blanc, président d’Altarea Cogedim Entreprise, et Victor Carreau, co-fondateur de Comet Meetings, analysent les évolutions du bureau, entre anticipations et mises à jour.

Certains, conquis par le télétravail, ne veulent retourner au bureau qu'avec parcimonie. Pour autant, le bon vieil open space semble promis à un bel avenir. Adrien Blanc, président d’Altarea Cogedim Entreprise, et Victor Carreau, co-fondateur de Comet Meetings, analysent les évolutions du bureau, entre anticipations et mises à jour.

Décideurs. Comment les acteurs de l’immobilier de bureau peuvent-ils s’adapter à des mutations qui se concrétisent en quelques mois ?

Adrien Blanc. Jusqu’à présent, les bureaux se sont systématiquement adaptés aux recherches des utilisateurs. D’un endroit très fonctionnel, mais parfois rudimentaire, les innovations ont toujours eu pour objectif de favoriser son confort. L’installation de l’air conditionné a constitué l’une des premières évolutions du bureau, il y une trentaine d’années. Leur caractère énergivore a ensuite été au cœur des réflexions, y compris dans la conception. D’un lieu de confort, le bureau s’est ensuite efforcé de devenir un lieu d’attractivité. Les baby-foot qui ont fleuri au sein des espaces de travail des start-up il y a quelques années ne suffisaient plus à assurer cet attrait. Notre production depuis cinq ans s’est attachée à développer des lieux de travail agréables et conviviaux, autrement dit des espaces d’échanges et d’efficacité. Le cadre de travail a toujours été un facteur de choix pour les employés, et donc de concurrence entre les entreprises. La concurrence portée par le télétravail n’est donc pas à l’œuvre dans notre réflexion qui s’attache au bien-être de l’utilisateur et du salarié. La crise sanitaire a révélé de nouvelles manières de travailler et accéléré une évolution des espaces, certes déjà à l’œuvre : un bureau plus flexible, plus serviciel, économe en mètres carrés, mais également plus convivial et qui s’adapte aux attentes des utilisateurs.

Victor Carreau. Avant de s’interroger sur l’adaptation à un tel bouleversement, il convient de se demander s’il était prévisible ? La réponse est oui, dans le sens où la mutation à laquelle nous sommes confrontés ne fait que renforcer des tendances qui existaient en amont de la crise sanitaire. Le besoin de flexibilité, de services : tous les éléments qui font du bureau un lieu plus agréable que la maison, en l’occurrence pour ce qui concerne le travail. Ce que l’on vit aujourd’hui n’est que l’accélération de ces tendances. En cela, il est intéressant de repartir de l’usage du bureau que je compartimente en trois segments. La production tout d’abord, qui nécessite de ne pas être dérangé, ce qui est plutôt garanti quand on est chez soi. La collaboration ensuite, qui peut se faire à distance mais semble facilitée autour d’une même table. La sociabilisation enfin, qui passe par la création d’un lien avec ses équipes, ses collaborateurs, et constitue le capital humain de l’entreprise.  Nous sommes convaincus chez Comet que le temps passé au bureau demain, constituera un moment de réunion, de collaboration et d’échanges. Plus qu’un simple moment de production « seul dans son coin ». C’est avec cet objectif qu’Altarea Entreprise et Comet collaborent pour mettre en commun leurs réflexions sur le bureau, à travers les services développés sur les immeubles Richelieu, siège de la foncière Altarea, et Landscape à la Défense. Des tiers-lieux dédiés aux réunions, entièrement tournés vers le service et la vocation du bureau de demain : permettre aux collaborateurs de se retrouver et de mettre en commun leurs réflexions.

"Avant de s’interroger sur l’adaptation à un tel bouleversement, il convient de se demander s’il était prévisible ?"

Décideurs. À titre plus personnel, quels enseignements avez-vous tirés de ces derniers mois ? 

V.C. Landscape est dans la droite lignée de ce qu’il convient de faire aujourd’hui. Dans l’écosystème de services confié à Comet, il y a une partie salles de réunion. Des salles jusqu’à présent mal utilisées mais indéniablement nécessaires. On va et on ira de plus en plus au bureau, pour se réunir (ateliers de brainstorming, formations, comités stratégiques…). Le domicile a, sur bien des aspects et pour bien des salariés, échoué à devenir à la fois un bureau, une salle de réunion et un lieu d’échanges. Les 2 000 mètres carrés de salles de réunion de Landscape contribueront à créer un réel pôle d’attractivité. Il semble évident que le télétravail restera dans les mœurs. En revanche, ces services offriront une complémentarité au télétravail, proposant quelque chose « en plus » pour les moments où le télétravail ne sera pas efficace (collaboration, sociabilisation…).

A.B. En matière de conception, nous avions anticipé ces tendances, notamment la dimension servicielle, la mutualisation des espaces et la nécessité des lieux de confidentialité. Ce que nous n’avions pas anticipé, c’est la crise économique et l’incertitude qui en découle, notamment côté « utilisateurs ». Sur les lieux de production, je reste persuadé que le bureau est un espace indispensable. Quand dans la même journée il faut produire, collaborer et sociabiliser, le 100 % télétravail semble impossible.

"Le domicile a, sur bien des aspects et pour bien des salariés, échoué à devenir à la fois un bureau, une salle de réunion et un lieu d’échanges"

Décideurs. Il est question de la mort du bureau dans sa forme pré-crise, comme il en était question pour le commerce il y a quelques années. Selon vous, cette analogie a-t-elle un sens ? 

V.C. C’est une accroche qui sonne bien mais qui, pour le commerce, avait déjà été rattrapée par la réalité. Lorsque l’on annonçait la mort du commerce physique, les pure players du e-commerce sont quand même allés vers le commerce physique. Considérer qu’il n’y avait plus besoin que d’un modèle, le e-commerce, n’avait alors pas de sens véritable. L’hybridité résonne comme la réponse à ces morts annoncées. 

Décideurs. Le bureau a-t-il intérêt à puiser dans d’autres modèles, comme l’hôtellerie ? 

V.C. Nous avons la conviction que le bureau moderne doit s’inspirer du modèle de l’hôtellerie. Qu’y a-t-il, fondamentalement, derrière ce modèle ? Un lieu avec une âme, un niveau de services élevé et de la flexibilité. Les bureaux doivent évoluer vers ce modèle, en gommant les points de friction éventuels tout en créant des facteurs d’émerveillement. Plutôt que de constater ce que le propriétaire va proposer, nous nous attachons à anticiper ce que l’utilisateur en attend. Trois dimensions nous paraissent essentielles : le lieu, les services et la flexibilité.

A.B. L’obsolescence des hôtels est encore plus rapide que celle des bureaux. Les hôtels s’usent vite et leur révolution est intervenue en avance. Beaucoup de grands groupes ont évolué vers des lieux de destination lifestyle constitués de chambres efficaces et d’espaces communs de plus en plus conviviaux. L’ambiance et l’âme des actifs sont devenues incontournables sur le segment. Nous nous en inspirons pour nos immeubles de bureaux. À titre d’exemple, nous sollicitons plusieurs décorateurs pour un même immeuble, avec une volonté de sobriété et d’élégance pour les espaces de production et un aspect plus lifestyle dans les lieux de convivialité et l’accueil.

"Trois dimensions nous paraissent essentielles : le lieu, les services et la flexibilité"

Décideurs. Comment se matérialise votre vision du bureau au sein du siège d’Altarea rue de Richelieu et de l’immeuble Landscape à La Défense ? 

A.B. Le siège d’Altarea rassemble la quasi-totalité de nos marques sur 30 000 mètres carrés dédiés. L’ensemble a été pensé comme un showroom et une vitrine de notre savoir-faire. Il illustre nos convictions sur le bureau moderne en cumulant un emplacement premium, une exigence architecturale forte, une ouverture sur la ville et l’intégration des nouveaux usages à l’intérieur comme à l’extérieur. L’immeuble incarne ce nouveau rapport au travail qui offre un équilibre entre collaboration et convivialité. En pratique, il dispose d’espaces de production modernes, d’immenses terrasses communes et d’une offre servicielle complète avec notamment un concept de restauration d’entreprise sur le modèle d’une brasserie : commande via une application puis servie à table, un food court et de l’un des plus grands business centers privés parisien, géré par Comet. Pour parfaire son intégration au quartier, nous menons une réflexion dans le but de proposer des services pour ses habitants.

V.C. Concernant le business center, il a été pensé comme un lieu de réunion et de collaboration. Une entreprise comme Altarea a besoin de se réunir régulièrement et ce dernier propose un environnement inspirant et bien opéré, qui vise à rendre les réunions plus efficaces. Sur Landscape, nous nous sommes efforcés de déployer notre offre comprenant un accueil digne d’un boutique hôtel parisien, une mutualisation des salles de réunion adaptée aux besoins des utilisateurs, un service de community management et une application digitale pour bénéficier des services de l’immeuble. 

Propos recueillis par Alban Castres

Adrien Blanc et Victor Carreau.

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