A. Blanc (Altarea Entreprise) : "Nous continuerons à lancer des opérations en privilégiant notre activité de MOD et les CPI"

Alors qu’Altarea Entreprise se positionne comme le premier promoteur de bureaux en France, son président Adrien Blanc partage les premiers enseignements qu’il tire de la crise sanitaire et des confinements. Il fait également le point sur les projets en cours et sur ses ambitions.
Adrien Blanc (©D.R.)

Alors qu’Altarea Entreprise se positionne comme le premier promoteur de bureaux en France, son président Adrien Blanc partage les premiers enseignements qu’il tire de la crise sanitaire et des confinements. Il fait également le point sur les projets en cours et sur ses ambitions.

Décideurs. Quel a été l’impact de la crise sanitaire et des confinements sur l’activité d’Altarea Entreprise en 2020 ?

Adrien Blanc. Le premier confinement nous a contraint à fermer la majorité de nos 7 chantiers alors en cours. Seuls ceux du 87 rue de Richelieu et de Bridge (ndlr : sur le lot façade) ont pu continuer à un rythme ralenti, sachant que nous avons compris que rien dans les directives gouvernementales du moment n’interdisait de poursuivre les travaux. Nous sommes donc restés aussi actifs que possible mais nous avons constaté les dégâts. Sur l’opération Issy Cœur de Ville par exemple, nous voulions continuer à terrasser mais nous avons dû suspendre les travaux car les décharges pour déposer les gravats étaient fermées. En fin de compte, la date de livraison de trois de nos principaux chantiers a été décalée en 2021 : Landscape mi-janvier, Eria à la fin du mois et Bridge, le futur siège d’Orange, en mars. Les commercialisations ont quant à elles été complètement arrêtées. Le deuxième confinement a été moins violent pour notre industrie avec la poursuite des chantiers, des visites… Autre point à noter, il a permis de résorber la vague d’office bashing qui avait commencé en mars car de plus en plus de collaborateurs en télétravail ont exprimé leur souhait de retourner aux bureaux.

Où en est votre pipeline d’opérations ? 

Nous comptons une dizaine d’opérations dans notre pipeline, dont trois dans le quartier central des affaires parisien. Il intègre des projets dans lesquels nous sommes co-investisseur et d’autres où nous intervenons en tant que maître d’ouvrage délégué ou bien en CPI.

Votre leitmotiv est d’imaginer le futur de l’immobilier de bureau. Quels enseignements avez-vous tiré de ces derniers mois ?

L’immobilier de bureaux a toujours évolué régulièrement, de sorte que son obsolescence est finalement assez rapide. Depuis que j’ai commencé à travailler dans ce secteur, j’ai connu la révolution de la climatisation, celle de la réduction des consommations énergétiques et celle de la qualité de vie au travail sous l’impulsion notamment de WeWork. Le Groupe Altarea a toujours été à la pointe sur ces sujets. Pour rendre un immeuble agréable, nous mettons l’accent sur les espaces extérieurs, la possibilité d’ouvrir les fenêtres, l’efficacité du système de traitement de l’air et l’aménagement d’espaces de convivialité. Nous visons toujours les plus hautes certifications environnementales sur nos projets. La crise sanitaire et les confinements nous amènent à aller encore plus loin. Cela passe par la réduction de notre impact carbone, ce que nous avons déjà commencé à faire depuis plusieurs années comme le montre l’opération de rénovation du 87 rue de Richelieu alors qu’un permis de démolition-reconstruction avait été obtenu, et par le développement de la porosité entre nos programmes et la ville. Quand nous intervenons dans des zones urbaines moyennement ou peu denses, nous imaginons des quartiers complètement mixtes à l’image d’Issy Cœur de Ville et Bobigny Cœur de Ville. Dans des territoires déjà fortement urbanisés, nous incorporons des services additionnels dans nos immeubles et les rendons accessibles à des tiers. Notre siège du 87 rue de Richelieu est là aussi un bon exemple avec la signature d’un contrat de gestion entre Altarea et Comet Meetings portant sur le business center de 14 salles et l’auditorium de 300 places. Cette approche a également pour vertu d’offrir différents aménagements au sein d’un même ensemble immobilier afin de répondre aux aspirations des différents utilisateurs.

"La commercialisation de Landscape sera certainement plus longue au vu de la crise sanitaire que nous traversons mais nous sommes confiants dans notre capacité à séduire des utilisateurs"

Dans quelle mesure avez-vous intégré ces aspects dans le projet Landscape ? 

Nous sommes allés encore plus loin. Au lieu d’attendre que le quartier d’affaires de La Défense se dote d’une offre de restauration et de services similaire à celle de Paris intra-muros, nous avons décidé de l’amener au sein de cet ensemble de 70 000 m² qui peut accueillir 3 500 personnes.  Dans les 10 500 m² dédiés aux services, nous avons aménagé un food court avec des enseignes parisiennes comme Fuxia, John Weng et King Marcel aux tarifs de la restauration sociale. Un restaurant inter-entreprise plus classique sera également proposé, ainsi qu’un restaurant opéré par Bouillon, toujours aux tarifs de la restauration sociale. L’espace barista géré par Christophe Michalak sera quant à lui accessible aux collaborateurs des entreprises sur site et au public extérieur. Enfin, notre offre de services intègrera un concept de café végétal, une bibliothèque communautaire, une salle de fitness mettant l’accent sur le bien-être ainsi qu’un business center haut de gamme et connecté opéré par notre partenaire Comet Buildings.

Comment va évoluer le marché tertiaire de La Défense dans les mois à venir selon vous ?

La Défense est un marché très cyclique qui a déjà connu des phases de suroffre dans le passé. La situation actuelle est meilleure qu’en 2008 car Paris La Défense a réalisé un travail considérable ces dernières années visant à améliorer ces dernières années l’offre de services et de restauration ainsi que la qualité des espaces publics du quartier. En parallèle, l’accessibilité va être renforcée avec le prolongement de la ligne E du RER. Dernier point à souligner, la qualité des immeubles qui sont construits ou rénovés actuellement est supérieure à ce qui se faisait il y a dix ans. Couplé avec une baisse des valeurs locatives du fait de l’abondance d’offre, cela donne un avantage concurrentiel au marché de La Défense par rapport à ceux de Paris intra-muros et de Péri-Défense. La commercialisation de Landscape sera certainement plus longue au vu de la crise sanitaire que nous traversons mais nous sommes confiants dans notre capacité à séduire des utilisateurs. Notre projet Eria fait quant à lui l’objet d’une exclusivité avec un grand acteur de la cyber sécurité voulu par Emmanuel Macron.

Quid des régions ?

Tous les marchés se sont contractés en France car prendre une décision immobilière est difficile dans le contexte actuel. Toutefois, nous avons enregistré des succès commerciaux significatifs en 2020 dans les zones où nous sommes présents, à savoir Lyon, Bordeaux, Nantes et la French Riviera d’Aix-en-Provence à Nice. Il y a une réelle demande pour des immeubles de qualité en régions. Or nous amenons le même niveau de prestations et d’architecture depuis plusieurs années dans ces territoires. Nous sommes donc confiants dans l’avenir des marchés tertiaires en province, d’autant plus qu’un nombre croissant de grandes entreprises vont ouvrir des bureaux régionaux en mettant l’accent sur la qualité pour attirer les meilleurs talents sur place.

"Nous accompagnerons les établissements hôteliers dans leur transformation le moment venu"

Vous avez également une expertise en matière de construction d’hôtels de standing. Comment analysez-vous les tendances dans ce secteur ?

Nous le regardons avec attention car il souffre beaucoup. Mais nous croyons dans sa capacité de rebond quand la pandémie prendra fin car les touristes reviendront progressivement et les voyages d’affaires reprendront sous une forme différente. Toutefois, seules certaines typologies d’hôtels retrouveront un modèle économique pérenne. Les établissements fonctionnels, sans ambiance et sans services ont plus de souci à se faire que les hôtels lifestyle situés dans les centres-villes. Pour le moment, nous n’avons pas identifié d’opportunités car les grands groupes avaient des bilans solides grâce à la croissance de ces dernières années et le secteur est actuellement soutenu par l’Etat. Nous accompagnerons les établissements dans leur transformation le moment venu.

Dans ces conditions, comment va évoluer la stratégie d’investissement et de développement d’Altarea Entreprise ?

Nous restons très actifs tout en restant parcimonieux avec nos fonds propres car nous ne savons pas actuellement à quel niveau les loyers de bureaux atterriront une fois pris en compte l’impact de ces derniers mois. Nous continuerons à lancer des opérations en cherchant le maximum de sécurité et en privilégiant notre activité de MOD et les CPI. Altarea Entreprise restera ainsi le premier promoteur de bureaux en France. Et nous recommencerons à investir fortement quand la poussière sera retombée.

Propos recueillis par François Perrigault

Le 87 rue de Richelieu, siège du groupe Altarea dans le 2e arrondissement de Paris (©Patrick Tourneboeuf / Tendance Floue)

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