Marché du recrutement : Décideurs a mené l'enquête

Parvenue au tiers de son enquête pour la mise à jour du guide consacré aux systèmes de rémunération et stratégies de recrutement, l’équipe de Décideurs RH vous livre les 5 grandes tendances actuelles du marché du recrutement.

Parvenue au tiers de son enquête pour la mise à jour du guide consacré aux systèmes de rémunération et stratégies de recrutement, l’équipe de Décideurs RH vous livre les 5 grandes tendances actuelles du marché du recrutement.

Diminution de 0,7 point du taux de chômage au deuxième trimestre mais recul de 0,6% de l’emploi salarié. 119 400 destructions nettes d’emploi mais 198 856 emplois vacants à la même période. 50% des entreprises qui maintiennent leur projet de recruter en 2020 mais moins de 10% qui les reverront à la hausse sur cette fin d’année… Dans le recrutement comme dans d’autres domaines, les chiffres ne signifient pas grand-chose s’ils ne sont pas éclairés. Aussi, pour démêler le vrai du faux, le tout de son contraire, rien de mieux que de demander comment ils perçoivent le marché à ceux qui sont chaque jour aux premières loges : les chasseurs de tête et les consultants des cabinets de recrutement. 

1 - Ces métiers qui ne connaissent pas la crise

Et tous sont unanimes : la crise du Covid-19 a confirmé que les métiers en tension d’hier coïncideraient avec les métiers essentiels d’aujourd’hui et de demain. "Les métiers de l’IT et du digital, de l’industrie et de la santé, analyse Béatrice Arras, associée au sein de Lincoln Group, se sont révélés centraux pour nos sociétés et le resteront". Le marché de l’emploi reste très actif dans ces secteurs en raison notamment des enjeux de réindustrialisation ou du caractère acyclique des secteurs de la santé et des sciences de la vie où l’impact de la crise y est modéré."Les fonctions financières, poursuit Antoine Morgaut, CEO EMEA & Americas du cabinet Robert Walters, sont elles aussi très fortement recherchées dans une optique de renforcement du contrôle ou d’optimisation". Selon Didier Guillot, qui vient de prendre la direction du cabinet Kienbaum à Paris, cela s’explique "du fait de la nécessité pour de nombreuses organisations de se réinventer et/ ou de se réorganiser dans un monde plus incertain et complexe". Sans surprise, les activités liées à la distribution et au retail connaissent le ralentissement le plus important. Mais, constate Béatrice Arras, c’est aussi le cas pour certaines fonctions supports, "les entreprises préférant, une fois le dégel des recrutements enclenché, investir d’abord sur des postes de commerciaux".

2 - Le mercato des consultants

Le secteur du recrutement n’a lui-même pas été épargné par l’impact économique de la pandémie. Mais, déjouant toutes prévisions, ce sont les cabinets côtés en bourse ou de dimension internationale qui semblent le plus souffrir. Si certains envisagent dans les prochains mois des plans de départ, d’autres sont contraints de se séparer d'un ou plusieurs associés, quand ce ne sont pas ces derniers qui les quittent. Ces profils expérimentés, les petits et moyens cabinets les accueillent les bras grands ouverts. "Notre métier, observe Emeric Lepoutre, repose sur les réseaux, au plus haut niveau, mais aussi sur l’humain et l’intuition". Aussi, poursuit le fondateur du cabinet Lepoutre & Partners, un tel mercato des associés des plus grands cabinets "pourrait bien redistribuer les cartes en 2021". Cela ne ferait que renforcer les cabinets de niches qui, comme ceux spécialisés en private equity, ont tiré leur épingle du jeu durant la période. Mais, les cabinets les plus puissants n’ont pas dit leur dernier mot. "Ils survivront et seront alors en position de force pour investir, et parfois dans des équipes entières".

Un mercato des consultants qui "pourrait bien redistribuer les cartes en 2021".

3 - Des leaders pour affronter l’incertitude

Côté candidats, confie Antoine Morgaut, "les experts ont le vent en poupe", signe d’un besoin de profils stratégiques pour relancer l’activité. Pour s’assurer que les talents aient les épaules suffisamment solides, certains comme Emeric Lepoutre n’hésitent pas "à renforcer la prise de références". Mais, si la figure de leader demeure au cœur de la chasse de tête très exec, elle connaît une profonde transformation. "Nos clients, explique Béatrice Arras, manifestent un plus grand intérêt à l’égard de nos outils d’assessment". Ils aspirent à ce que ces outils évaluent "la capacité d’évoluer dans un environnement mouvant et incertain". Avec la généralisation des entretiens distanciels, les talents sont également invités, lors des entretiens, "à illustrer davantage leur propos par des exemples de situation", ce qui permet de faire le lien entre expertise technique et aptitudes comportementales. 

4 - La mobilité géographique, un vrai sujet

Très appréciés des entreprises, les profils biculturels se font plus rares car plus difficiles à attirer sur le territoire français. Ainsi, selon une enquête menée par SettleSweet, 63% des entreprises ne prévoient pas d’embaucher des "talents technologiques internationaux" en cette fin d’année 2020. En se coupant de viviers internationaux, le marché fatalement se rétrécit, constate Béatrice Arras, ce qui oblige les entreprises "à revoir leurs critères de sélection et à se recentrer sur le marché local". La gestion de la mobilité s’impose également comme un véritable sujet en interne. Certains consultants des cabinets que nous avons rencontrés se trouvent contraints de mener leurs missions à l’étranger depuis la France. Mais, le télétravail et les outils de visioconférence, s’ils ne suppriment pas le décalage horaire, permettent de réduire les distances. Ainsi, raconte Emeric Lepoutre, "il a fallu trouver des solutions ingénieuses pour pallier à l’impossibilité de rencontrer physiquement les candidats et permettre malgré tout aux entreprises de recruter à l’étranger"

Au niveau des salaires,  "la surenchère des dernières années n’a plus cours".

5 - La guerre des salaires n’aura plus lieu

L’année 2020 devait couronner le candidat-roi et la guerre des talents tirer les salaires d’embauche vers le haut. Mais, dans le contexte actuel, le ratio "demande des entreprises/offre de candidats" se resserre et le marché se montre moins porteur d’opportunités. Cela ne signifie pas pour autant que les candidats se montrent frileux voire réticents à changer de poste ou d’employeur. "Ils restent, confirme Didier Guillot, dans une dynamique de développement professionnel". En revanche, reconnaît Béatrice Arras, la tension sur les salaires semble s'atténuer. "De ce point de vue, la surenchère des dernières années n’a plus cours" et ce alors même que beaucoup de recruteurs s’attendaient à ce que les candidats en manque de visibilité "exigent des garanties supplémentaires".

Marianne Fougère

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