23andMe lève 250 millions de dollars pour exploiter sa mine d'or génétique

23andMe, l’entreprise américaine de séquençage génétique, a levé la semaine dernière la somme de 250 millions de dollars auprès des investisseurs et assume son intention de développer une activité pharmaceutique.

23andMe, l’entreprise américaine de séquençage génétique, a levé la semaine dernière la somme de 250 millions de dollars auprès des investisseurs et assume son intention de développer une activité pharmaceutique.

Les investisseurs viennent de donner à Anne Wojcicki (CEO) les moyens de développer des solutions thérapeutiques au sein de la société 23andMe. Ce tour de table, mené par Sequoia, porte la valeur de l’entreprise à 1,75 milliards de dollars. L’activité historique de la société qui consiste à offrir des solutions de séquençage génétique aux particuliers produit une synergie particulièrement intéressante avec l’industrie pharmaceutique. 85% des deux millions de clients de 23andMe acceptant que les informations tirées de leur séquençage soient utilisées à des fins de recherche, elle dispose désormais d’une base de données génétiques conséquente. Son exploitation doit permettre d’identifier des cibles thérapeutiques novatrices. 

23andMe a pu tirer un revenu important ces dernières années de partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques comme Pfizer pour l’accès à ces données. Genentech a dû débourser pas moins de 60 millions de dollars pour cet accès. Elle travaille aussi en collaboration avec le monde académique et publie régulièrement des articles scientifiques dont le dernier en date, dans la prestigieuse revue Nature Genetics, identifie de nombreuses mutations corrélées avec la maladie de Parkinson jusque-là inconnues.

L’identification de caractéristiques génétiques propres à certaines pathologies doit désormais permettre à 23andMe de comprendre plus précisément les processus moléculaires sur lesquels elles reposent et de développer des méthodes thérapeutiques pour les contrecarrer. Sur le plan technique, il s’agit d’un gigantesque et extraordinairement complexe jeu des sept erreurs consistant à comparer le génome des sujets sains à celui de personnes malades. Une telle réalisation nécessite un nombre très important d’échantillons et 23andMe tire un avantage déterminant de son immense base de données. 

Un parcours semé d'embuches 

Si l’avenir semble plein de promesses pour l’entreprise californienne, il n’en a pas toujours été ainsi depuis sa création en 2006. Celle-ci a enduré un sérieux revers en 2013 lorsque la Food and Drug Administration lui a interdit de fournir des diagnostics à ses clients sur la base des séquençages à défaut d’avoir obtenu les autorisations adéquates et d’avoir fait la preuve de sa fiabilité. Elle a dû ainsi limiter son activité pendant plusieurs années aux services de séquençage brut et de généalogie. Le vent a tourné en avril 2017, lorsqu’elle s’est vue accorder l’autorisation, par une procédure accélérée, de signaler à ses clients leurs prédispositions pour dix pathologies différentes.

Demeurent pourtant des questions d’ordre éthique sur le fait de fournir de telles informations aux particuliers. Le cas d’Angelina Joli qui a eu recours à une double mastectomie après s’être découverte, par ce moyen, une prédisposition génétique au cancer du sein en est une fameuse illustration. Un système de santé peut-il supporter que des individus aient recours à des actes médicaux coûteux à la lumière d’un risque incertain ? De même, sur le plan personnel est-il souhaitable de révéler l'épée de Damoclès, source d’anxiété vaine ? Sergeï Brin, ex-mari d’Anne Wojcicki et co-fondateur de Google, est sans doute le mieux placé pour répondre à cette dernière question. Parmi les premiers utilisateurs de 23andme, il a appris qu’il portait une mutation le prédisposant à Parkinson. Interrogé sur le fait de savoir si en de pareilles circonstances l’ignorance n’était pas une bénédiction, il a répondu que la connaissance de son état lui permettait, au moins, d’essayer d’agir.

Maxime Benallaoua (@Maxdesinternets)

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