Le capital investissement : phénix de la finance
Dans un contexte économique difficile, le capital investissement résiste plutôt bien. Évolutions structurelles et conjoncturelles donnent un nouveau visage au private equity : champ d’action élargi, modes de financement innovants et relation privilégiée avec les entreprises en portefeuille. Le comportement des fonds, banques de financement et banques d’affaires est en train de changer. De ce chaos émerge déjà de nouvelles tendances. Aux acteurs du private equity de négocier au mieux ces virages afin d’en profiter. État des lieux pour éviter la sortie de route.
Après une année 2008 morose, les acteurs du private equity espéraient une reprise rapide. Au contraire, le ralentissement s’accentue. Et pour cause, la crise touche aussi bien l’amont – le financement – que l’aval – la santé des entreprises sous LBO – de l’activité. Pris entre deux feux, les professionnels du capital investissement hésitent entre attentisme et opportunisme.
Le capital investissement est durement touché par la crise financière et économique. Entre 2007 et 2008, les montants investis en France sont passés de 12,6 à 10 milliards d’euros, soit une baisse de 20,3 %. Entre 2007 et 2008, le nombre d’opérations LBO a chuté d’environ 60 % en France. Du jamais vu sur ce marché.
Au niveau international la tendance est encore plus marquée. Selon le MoneyTree Report réalisé par Pricewater-
houseCoopers (PwC), le capital investissement a subi un recul de 47 % en valeur et de 37 % en volume au premier trimestre 2009. C’est le plus bas niveau d’investissement depuis 1997.
Mais le private equity a encore de longs jours devant lui. Non, le capital investissement n’est pas mort. Le LBO a déjà été laissé pour mort après les opérations phares des années 1980, dont les records ont été largement battus en 2007. La crise que traverse ce secteur ne remet pas en cause sa raison d’être : assurer la croissance et la transmission.
Tendance 1
Le non-coté a toujours la cote
Malgré la crise, la dynamique des investisseurs institutionnels (LPs) en direction du capital investissement est toujours d’actualité. Certes, on est bien loin des levées records de 2007, mais l’engouement est toujours là. Surtout lorsqu’on le compare aux actifs cotés. C’est la preuve que les LPs n’ont pas manqué le virage du private equity. Ils se montrent même savamment habiles dans l’arène. Les jumbo deals ont disparu. Il faudra donc plus de temps pour déployer les sommes allouées au LBO. GPs et LPs en prennent note.
Malgré cette dimension conjoncturelle, l’intérêt des LPs pour le capital investissement n’en reste pas moins de plus en plus structurel. Les LPs ont professionnalisé leurs méthodes de sélection et d’allocation. D’une part, ils ont su structurer leurs processus, pour organiser une dispersion systématique du risque entre différentes régions, différents fonds et différents millésimes.
Par ailleurs, en s’organisant en fonds de fonds, avec des structures dédiées et pérennes, ils ont organisé la rétention des équipes, grâce à des systèmes de rémunération compétitifs, en vue d’une progression constante dans la courbe d’expérience et d’un ancrage au-delà des modes (ce qui favorise une vision globale et multicycle).
Les LPs ont désormais identifié les équipes déployant les meilleures pratiques de marché, instauré un suivi et un reporting adéquat et normalisé. Ils font le benchmark continu des fonds. Qu’ils soient fonds de pension, fonds de retraite, fonds de fonds, banques, assureurs, ou encore gérants de fortune, la prime de rendement fournie par le capital investissement est encore attirante. Le non-coté est devenu une classe d’actifs de reférence pour les institutionnels.
Rassurés par un flux d’informations constant, homogène et porteur de bonnes nouvelles, les LPs ont mis au point des programmes d’investissement annuels qui se comptent en millions, parfois en milliards. à cela s’ajoute une surallocation aux meilleures équipes, créant un effet positif de sélection naturelle des meilleurs « performeurs ». Ce travail de fourmi, de suivi et de récoltes des données de performance et de connaissance des GPs et des vecteurs de réussite est à ce point important que le métier de fonds de fonds a gagné ses lettres de noblesse. En France, cela se traduit par l’ère de l’indépendance, comme l’illustre le cas Fondinvest. Il a pris du champ par rapport à la CDC. Le contexte actuel ne pousse pas à être trop téméraire, il est donc peu probable que d’autres fonds réussissent à court terme le même pari que Fondinvest.
Comme les fonds LBO sont rémunérés par une commission de gestion en soi intéressante, ils ont basculé dans une logique de flux tendus. Ils vont à la rencontre du marché tous les deux ans, avant même d’avoir investi la totalité de leur véhicule. Proposer la souscription à un nouveau fonds de la gamme présenté comme un millésime répondant aux attentes de diversification, s’est non seulement révélé attractif pour les LPs mais institutionnalise également la récurrence des levées de fonds. Elle protège les sociétés de gestion d’une contre-performance sur un fonds, le suivant étant déjà levé.
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