Revenu universel : solution miracle ou trappe à pauvreté ?

Attribuant à chacun une allocation minimum sans contrepartie, la proposition d’un revenu universel divise aussi bien la société civile que la classe politique. Tour d’horizon des arguments des uns et des autres.
36 % des personnes éligibles au revenu de solidarité active (RSA) n’effectuent pas les démarches pour le recevoir.

Attribuant à chacun une allocation minimum sans contrepartie, la proposition d’un revenu universel divise aussi bien la société civile que la classe politique. Tour d’horizon des arguments des uns et des autres.

Que l’on ne s’y trompe pas. Si le revenu universel apparaît comme un projet novateur en ce qu’il offrirait une réponse à plusieurs problématiques actuelles – pauvreté, complexité du système des aides sociales, disparition d’un certain nombre d’emplois en raison de l’ubérisation de l’économie… –, l’idée ne date pas d’hier. Au XVIesiècle, certains philosophes, à l’image de Thomas More, l’avaient même déjà théorisée. Des figures emblématiques telles que Napoléon ou Martin Luther King auraient elles aussi défendu le concept d’un revenu minimal inconditionnel à destination de tous. C’est pourtant bien plus récemment, dans le courant des années 2000, que le revenu universel s’est progressivement installé dans le débat politique français. En 2015, sous l’impulsion du groupe des Verts, le conseil régional d’Aquitaine a même voté en faveur d’une expérimentation d’un RSA inconditionnel. Mais le sujet ne s’est véritablement imposé qu’en 2016, suite à la publication de deux rapports clés : celui du Conseil national du numérique faisant du revenu universel une option possible pour redistribuer les gains de l’automatisation et celui du député Christophe Sirugue, invitant l’exécutif à  « repenser les minima sociaux »soutenant le versement automatique et inconditionnel du RSA.

 

 « Révolution sociale »

 

S’appuyant sur ces textes, plusieurs personnalités politiques ont choisi de faire du revenu universel leur cheval de bataille. C’est le cas à gauche de Benoît Hamon. Son projet ? Refonder notre rapport au travail grâce à la création d’un revenu d’existence financé par une réforme de l’impôt sur le patrimoine. Son coût : 300 milliards d’euros. Une « révolution sociale »qui commencerait par une augmentation du RSA de 10 %. Celui-ci serait ensuite versé à tous les ayants droit quel que soit leur niveau de ressources, puis étendu à l’ensemble de la population à hauteur de 750 euros. Outre les écologistes, qui militent en faveur du revenu universel depuis plusieurs années, l’idée fait son chemin à droite. Le député LR Frédéric Lefebvre s’est notamment prononcé en faveur d’une allocation universelle « sans contrepartie et dès la naissance », afin d’éliminer « tout ce maquis de systèmes d’allocations, d’aides sociales et (…) toutes ces administrations qui les gèrent, qui les contrôlent ». Au-delà de la simplification du système d’aides, le revenu universel bouleverserait complètement l’ordre établi. Et pour cause : dans une société où chacun disposerait d’un revenu minimum, plus question de mesurer la valeur d’un individu par sa seule capacité à « gagner de l’argent ».

 

Instaure un « droit à la paresse »

 

Un changement de paradigme auquel certains s’opposent radicalement. Leur principale inquiétude ? Que la mise en œuvre du revenu universel, en offrant à chacun la possibilité de travailler ou pas, ne généralise l’assistanat. Si, à gauche, Manuel Valls s’est ainsi déclaré contre une « société du farniente »,à droite, Rama Yade est, elle, allée encore plus  loin : « Il faut qu’on arrête de payer les gens à ne rien faire », a déclaré l’ex-secrétaire d’État sur LCI le 7 janvier. Le revenu universel instaurerait même un certain « droit à la paresse » selon Vincent Champain, président de l’Observatoire du long terme. Lui aussi hostile à la mesure, l’ex-ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg s’est montré plus pédagogue : « Les Français veulent du travail, ils ne veulent pas un RSA ; parce que c’est ça le revenu universel »,a-t-il déclaré.

 

Le salaire n’est pas qu’un revenu

 

Et le chantre du made in France n’est pas le seul à refuser de voir la valeur travail rétrogradée au rang des valeurs secondaires. Car même s’il impose d’autres formes de domination, le « travail apporte un environnement, une sociabilité, des projets », estime Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, pour qui le salaire n’est pas qu’un revenu. Outre cet aspect philosophique de la place du travail dans la hiérarchie des valeurs, la relance de l’emploi serait, pour certains, l’unique façon de lutter contre la pauvreté. C’est notamment le cas de Pierre Gattaz, le président du Medef qui s’est dit « très réservé »quant au projet soutenu par certains candidats, préférant miser sur la formation pour « remettre les gens dans l’emploi ».Même analyse du côté d’Emmanuel Macron. Instaurer un revenu universel reviendrait même pour le leader du mouvement En marche ! à financer le chômage de longue durée. Une idée à laquelle l’ex-ministre de l’Économie, qui se revendique comme le candidat du travail, ne peut se résigner.

 

Expérimentation

 

Un point de vue que réfute, entre autres, le sénateur PS Daniel Percheron, persuadé que la mesure faciliterait en réalité l’insertion de certains dans la société. Le socialiste milite d’ailleurs en faveur d’un vote au Sénat pour expérimenter le revenu universel. « C’est au nom de la valeur travail que nous proposons cette expérience, notre objectif est bien d’augmenter le taux d’emplois, et non l’inverse », a-t-il expliqué le 12 janvier dans les colonnes de Libération. Si le sujet divise sur à peu près tous les points  – application, financement, mise en place…  –, personne n’est aujourd’hui en mesure d’affirmer avec certitude que le revenu universel permettrait effectivement de sortir de la précarité les populations les plus fragiles. Solution miracle ou trappe à pauvreté ? Seule une expérimentation rigoureuse et mesurée le dirait.

 

Capucine Coquand

@CapucineCoquand

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