Olivier Faure (Nouvelle gauche) : « Le parti socialiste tel que nous l'avons connu, c'est fini »

Le président du groupe Nouvelle gauche — anciennement groupe socialiste  — à l’Assemblée nationale, considérant que la politique d'Emmanuel Macron emprunte davantage au « bonapartisme qu'à la social-démocratie », l’assure : aucun mouvement n’est aujourd’hui en mesure de remplacer le parti à la Rose. Pour retrouver la confiance des Français, celui-ci doit toutefois offrir à la société civile de nouveaux « débouchés politiques ».

Le président du groupe Nouvelle gauche — anciennement groupe socialiste — à l’Assemblée nationale, considérant que la politique d'Emmanuel Macron emprunte davantage au « bonapartisme qu'à la social-démocratie », l’assure : aucun mouvement n’est aujourd’hui en mesure de remplacer le parti à la Rose. Pour retrouver la confiance des Français, celui-ci doit toutefois offrir à la société civile de nouveaux « débouchés politiques ».

Décideurs. Reconnaissez-vous, comme un grand nombre d’observateurs, qu’Emmanuel Macron a réussi le pari de réformer le code du travail sans créer de situation de blocage avec les organisations syndicales ?

Olivier Faure. On peut tout reprocher au président de la République sauf d'être maladroit. Il en va ainsi du débat sur la loi travail. En juillet, il présente un texte donnant la possibilité au gouvernement d'écrire la loi à la place du Parlement, en s'engageant à ce que le débat reprenne avec les élus à l'issue des rencontres avec les partenaires sociaux. La concertation est intense. Les heures de rendez-vous sont affichées comme autant de preuves d'un dialogue social vivifié. Fin août, le gouvernement présente sa copie sans tenir compte des réserves ou des désaccords exprimés. Il s'agissait d'une concertation pas d'une négociation. En septembre, afin d'éviter un mouvement social le gouvernement annonce l'application immédiate des ordonnances avant même leur discussion au Parlement, histoire de ne laisser aucun espoir de recul. La majorité ne trouvant rien à redire à cette mise au pas du Parlement sur un sujet législatif majeur, la loi de ratification des ordonnances Macron-Pénicaud est seulement revenue en discussion en novembre, dans une indifférence médiatique quasi-totale.

« Les mesures prises, loin de fédérer le pays autour d'un projet commun, contribuent à le fragmenter »

Ce n’est donc pas un succès selon vous…

C’est bien joué si l'on s'en tient au strict « jeu » politique. L'appréciation est évidemment très différente si l'on s'attache aux nouveaux rapports dans le milieu du travail qui vont naître de ce texte.

Que manque-t-il à cette loi ?

Là où elle aurait dû nous permettre de prendre en considération la nouvelle donne numérique avec l'émergence des plateformes type Uber, aucune mention n’est prévue. Là où une nouvelle loi aurait pu étoffer le compte personnel d'activité pour permettre la mobilité, les transitions professionnelles, leurs évolutions, rien n’est prévu non plus. Là où une nouvelle loi aurait pu mieux associer les salariés via leurs organisations syndicales et faire un pas vers la co-détermination en envisageant de nouveaux rapports entre capital et travail, toujours rien de prévu. Le nouveau monde d'Emmanuel Macron est une mystification. Dans ce nouveau monde on ne se projette pas vers l'avenir mais vers le passé.

« Le nouveau monde d'Emmanuel Macron est une mystification »

Après plus de six mois à la tête de l'État, l'heure est au bilan pour Emmanuel Macron. Quel regard portez-vous globalement sur ce début de quinquennat ? 

Emmanuel Macron surfe sur une situation politique inédite. Le coma prolongé des deux partis de gouvernement PS et LR, la crise interne du FN, lui donnent le sentiment d'avoir un boulevard. Il déroule les réformes libérales que la droite n'avait pas osé avant lui. Les Français observent résignés, en l'absence de toute alternative crédible à ce stade. Mais il n'échappe à personne que les mesures prises, loin de fédérer le pays autour d'un projet commun, contribuent à le fragmenter. Progressivement, la fracture s'élargit entre métropoles et territoires ruraux ou péri-urbains, entre actifs et retraités, entre la classe moyenne qui supporte la charge et une petite minorité de privilégiés pour lesquels rien n'est jamais trop grand ni trop beau. On assiste à bas bruit, à la mise sous tension de la société.

« Pour retrouver une crédibilité, nous devons apporter la preuve que nous avons compris les causes de nos échecs »

Avez-vous le sentiment que le groupe nouvelle gauche arrive à se faire entendre ? Avez-vous une place entre le centre gauche incarné par LREM et la gauche plus radicale incarnée par Jean-Luc Mélenchon ?

Pour le moment nous cuvons une défaite historique. Il aurait été particulièrement étonnant que nous retrouvions en six mois l'attention et l'affection des Français. Ceci posé, nous n'avons pas été remplacés. Ni par la France insoumise qui ne se fait entendre que dans le registre de la protestation. Ni par la République En Marche, qui roule à droite sur le terrain économique et social, et demeure immobile sur les réformes de société. Sur la méthode, Emmanuel Macron emprunte davantage au bonapartisme qu'à la social-démocratie. Son mépris pour les corps intermédiaires, sa défiance à l'égard de tous les contre-pouvoirs, sa méfiance vis-à-vis des élus nationaux et locaux le rangent dans le compartiment du libéralisme autoritaire. Jean-Luc Mélenchon comme Emmanuel Macron occupent des segments idéologiques jusqu'ici minoritaires. Ils ont tiré parti opportunément de la crise des partis de gouvernement pour élargir leur espace sur le plan électoral. Mais l'élasticité idéologique a ses limites.

« Ce n'est pas une refondation qui est devant nous mais une nécessaire renaissance »

On le sait aujourd'hui, les partis « traditionnels» doivent se renouveler. Comment cela se passe-t-il au PS ? 

Cette crise est sans précédent. Le cycle ouvert par Mitterrand en 1971 s'achève. Le parti socialiste tel que nous l'avons connu, c'est fini. La transition sera forcément longue. Pour retrouver une crédibilité, nous devons apporter la preuve que nous avons compris les causes de nos échecs et saisi les motifs des réussites inégales d'Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon. Il faut retisser des liens de confiance avec la nébuleuse large des progressistes, redevenir l'interlocuteur de la société civile et leur offrir un débouché politique. Sans nous départir des valeurs qui nous fondent, nous devons enfin réinterpréter nos réponses à l'aune des transformations du monde. Ce n'est pas une refondation qui est devant nous mais une nécessaire renaissance.

Êtes-vous optimiste pour l'avenir de votre groupe ?  

Oui avec l'optimisme de la volonté. La volonté de ceux qui pensent que les grandes idées méritent notre constance et notre fidélité.

Propos recueillis par @CapucineCoquand

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