Laurent Wauquiez : Orgueil et préjugés

PORTRAIT. Par ses prises de positions radicales, le grand favori pour remporter la présidence des Républicains en décembre prochain espère incarner la première force d’opposition à la politique centriste d’Emmanuel Macron, quitte à rompre avec l’aile la plus modérée de son parti. Portrait d’un conquérant.

PORTRAIT. Par ses prises de positions radicales, le grand favori pour remporter la présidence des Républicains en décembre prochain espère incarner la première force d’opposition à la politique centriste d’Emmanuel Macron, quitte à rompre avec l’aile la plus modérée de son parti. Portrait d’un conquérant.

Il séduit autant qu’il irrite. Revendiquant une droite « vraiment de droite », Laurent Wauquiez incarne l’aile la plus radicale de son parti. Briseur de tabous décomplexé pour les uns, populiste assoiffé de pouvoir pour les autres, l’énarque est régulièrement accusé par ses adversaires de flirter avec les idées du Front national. Un faux procès, selon ses proches. « Il est ferme sur ses fondamentaux et sa vision est constante, affirme l’un de ses soutiens, l’euro-député Philippe Juvin. La critique du "trop à droite" est courante. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont d’ailleurs subi les mêmes attaques. » Difficile pourtant d’ignorer le caractère parfois extrême de ses prises de position. Opposé au voile islamique et au mariage pour tous, il dénonce régulièrement « l’immigration incontrôlée », qualifie l’assistanat de « cancer de la société » et appelle les militants à « reprendre leur drapeau ». Plus symbolique encore : entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, il refuse de prendre parti et prône le vote blanc. Pourrait-il réellement envisager une alliance avec l’extrême droite, comme le prétendent certains rivaux ? « Impossible », répondent ses proches. « Quand on connaît Laurent Wauquiez, on se rend vite compte qu’il est humain, qu’il fait attention aux autres et qu’il représente les valeurs centrales de la droite, témoigne un collaborateur. Les électeurs ne sont pas dupes des manipulations politiques. » 73% des sympathisants des Républicains souhaitent d’ailleurs qu’il prenne la tête du parti[1] en décembre prochain.

« Il est bien plus complexe que certaines caricatures veulent le faire croire »


Personnalité complexe

Pourquoi les militants, en perte de repères depuis l’échec de la présidentielle, sont-ils conquis par l’ambitieux sarkozyste ? « Il est bien plus complexe que certaines caricatures veulent le faire croire », note Philippe Juvin. Disciple de Jacques Barrot, l’une des principales figures de la démocratie chrétienne, Laurent Wauquiez démarre sa carrière politique au centre droit et se préoccupe des Français les plus vulnérables, sujet qui « le touche très personnellement. Il est entier. C’est à la fois son défaut et sa qualité. » Totalement engagé dans les missions qu’il entreprend, ce sportif adepte de course à pied et de vélo a su se construire une réputation d’homme d’action. « Il écoute, puis décide, rapporte son collaborateur. Avec lui, ça va très vite, il faut prendre le rythme. Il peut s’emporter si un sujet n’a pas été traité, mais il n’est pas colérique. » Reconnu pour sa vivacité d’esprit, sa force de travail et son intelligence, Laurent Wauquiez est sans doute l’une des personnalités politiques les plus diplômée de sa génération. Agrégé d’histoire, ce normalien titulaire d’un DEA de droit public, sort major de l’ENA en 2001 à seulement 26 ans. Jeune fonctionnaire, il travaille un temps à l’ambassade de France au Caire, puis à la préfecture de Bastia, avant d’entrer au Conseil d’État. « J’ai découvert toutes les difficultés auxquelles le citoyen peut se heurter dans sa relation à l’administration », peut-on lire sur son blog.

Ambitieux président de région

Son dynamisme et son envie d’agir, quitte à bouleverser l’ordre établi, sont d’abord plébiscités au niveau local. Devenu député de Haute-Loire à 29 ans, l’homme multiplie les mandats électoraux. Élu maire du Puy-en-Velay en 2008 et 2014 – avec 69, 78 % des suffrages –, Laurent Wauquiez remporte les élections régionales en 2015. Fier de son fief, l’ambitieux président de la nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes décide d’en faire un véritable laboratoire. Sa priorité :  mettre en œuvre un vaste programme d’économie sur les dépenses d’un montant de 300 millions d’euros et lancer un dispositif « zéro charge » pour les premières embauches dans les jeunes entreprises.

 « Avec lui, ça va très vite, il faut prendre le rythme. »

Quête de pouvoir

Une capacité à faire bouger les lignes qui, en 2007 déjà, n’échappe pas à Nicolas Sarkozy. Dès le début de son quinquennat, il le choisit comme porte-parole et le charge de moderniser la communication du gouvernement. En parallèle de ses mandats locaux, l’Auvergnat gravit ainsi les échelons nationaux, jusqu’à devenir ministres des Affaires européennes en 2010, puis de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en 2011. Désireux de compter parmi les ténors de la droite, il cherche aussi à s’imposer dans son propre parti. C’est chose faite en 2014, lorsqu’il devient secrétaire général de l’UMP, puis président par intérim en 2016. À l’issue de la primaire des Républicains, il est sanctionné par François Fillon pour avoir soutenu Nicolas Sarkozy et rapidement rétrogradé au rang de vice-président. Une situation qu’il aura du mal à accepter. En quête permanente de pouvoir, Laurent Wauquiez prend du recul, quitte la scène médiatique, attend que l’affaire Fillon s’estompe, pour mieux revenir briguer la tête du parti. 

 

 

Sécurité et travail

Les sujets clés de sa campagne ? La sécurité et le travail. Pas un meeting ni une intervention médiatique sans une déclaration sur la préservation de l’identité française et la lutte contre l’assistanat. « Maintenant, quand on défend l’autorité, la laïcité, l’effort et les classes moyennes, on est d’extrême droite, dénonce-t-il au FigaroCe ne sont pas les valeurs d’une droite dure, ce sont juste les valeurs centrales de la droite, celle qui compose notre ADN. » Un programme qu’il prépare depuis plusieurs années au sein de son mouvement, Droite sociale. Ce cercle de réflexion peu connu du grand public invite tout un chacun à réfléchir, proposer autour des questions de justice sociale. « La droite ne peut pas se limiter à un programme régalien ou à un programme de rigueur, peut-on lire son site. Nous devons rétablir une culture des droits et des devoirs : celui qui travaille doit toujours gagner plus que celui qui ne travaille pas, et celui qui reçoit des aides sociales doit accomplir en échange des travaux d’intérêt général. » À travers ce projet, Laurent Wauquiez souhaite proposer une alternative solide à tous les militants de droite tentés de rejoindre les rangs d’Emmanuel Macron, et construire une vraie force d’opposition. « Il sait qu’il doit convaincre les plus déboussolés, confie son collaborateur. Le travail de reconstruction est essentiel. »

Sur Facebook, une page « LaurentWauquiez2022 » est d’ores et déjà ouverte.

Candidat coûte que coûte

Difficile pourtant de voir derrière la personnalité de Laurent Wauquiez celle d’un grand rassembleur, capable de réunir les différentes sensibilités et de reconstruire une droite plurielle. Seules quelques personnalités  ̶  Éric Woerth, Brice Hortefeux, Virginie Calmels, George Fenech …  ̶   le soutiennent pour l’heure. D’autres, comme Jean-François Coppé ou Dominique Bussereau menacent de quitter le parti s’il en est élu président. Peu importe, Laurent Wauquiez n’a pas peur de prendre des coups et reste candidat, coûte que coûte ; « Je refuse cette maladie de la politique contemporaine où chacun veut se préserver. C'est l'obsession de ceux qui n'ont rien fait et ne feront jamais rien. Je ne veux pas me préserver, je veux tout donner. » L’homme semble d’ailleurs voir plus loin que la présidence du parti. Sur Facebook, une page « LaurentWauquiez2022 » est d’ores et déjà ouverte. Galvanisé par sa popularité, celui qui, à 42 ans, pourrait devenir le plus jeune leader de l’histoire de la droite républicaine vise haut. Un rêve d’Élysée précoce ? Sans doute. Les primaires comme la présidentielle ont montré qu’aucune élection n’est jouée d’avance.

 @CapucineCoquand

 

[1] Sondage BVA pour le mensuel Mag2Lyon, publié le 5 septembre.

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