La symphonie de Mayer Brown

Dirigé par son fondateur Jean-Philippe Lambert, le bureau parisien de l’américain Mayer Brown est unique à la fois par son histoire et par une indépendance organisationnelle soutenue par un réseau international de l’Amérique à l’Asie. Un positionnement qui s’appuie aujourd’hui sur une nouvelle génération d’associés.
L'équipe d'associés parisiens de Mayer Brown, Noël 2016

Dirigé par son fondateur Jean-Philippe Lambert, le bureau parisien de l’américain Mayer Brown est unique à la fois par son histoire et par une indépendance organisationnelle soutenue par un réseau international de l’Amérique à l’Asie. Un positionnement qui s’appuie aujourd’hui sur une nouvelle génération d’associés.

Le réseau de Mayer Brown s’apparente un peu à un orchestre symphonique, dont le bureau de Paris serait l’un des premiers violons. » L’image vient spontanément à l’esprit de Jean-Philippe Lambert, à la baguette depuis sa création en 2001. Le maestro incarne à lui tout seul un cabinet qui réunit plus de soixante-dix avocats. Et, poursuivant la métaphore, le managing partner qualifie sa musique de « concerto ». La partition? ? Le contentieux et le M&A.

 

Petite musique

Une musique fréquemment audible grâce à l’intervention de Mayer Brown sur des dossiers retentissants. Un de ses clients les plus visibles est le groupe Altice, que le cabinet conseille historiquement. En 2014, lors du rachat de SFR, les associés Laurent Borey, Benjamin Homo et Olivier Parawan interviennent sur sa structuration. Depuis, l’équipe a travaillé sur l’acquisition de Cablevision aux États-Unis pour une valeur d’entreprise de 17,4?milliards de dollars et sur la procédure de dépôt d’un projet d’offre publique d’échange visant l’intégralité des actions du groupe SFR devant l’Autorité des marchés financiers (AMF). En mai dernier, SFRrachetait Altice Media Groupe France, propriétaire de Libération, L’Express, L’Expansion et L’Étudiant, et entrait au capital de NextRadio TV (détenteur de plusieurs chaînes dont BFM TV). Laurent Borey est sur tous les fronts. L’avocat de 49 ans, qui exerce au cabinet depuis plus de dix ans, en est une des figures. Avec quatre associés – tous des anciens d’Arthur Andersen –, et une quinzaine de collaborateurs, il est à la tête d’une des équipes de fiscalistes les plus importantes de Paris.

 

D’autres jeunes associés se font remarquer. Citons par exemple Privat Vigand, associé en droit bancaire et financier intervenu aux côtés de Natixis lors de l’acquisition de sept hôtels à Nice et Paris. Dany Khayat fait lui aussi partie de cette génération. Formé chez Shearman & Sterling en arbitrage international, il travaille sur les différends entre Geftarai et les États africains traversés par le projet Africarail, la boucle ferroviaire ouest-africaine. Son associé Alejandro López Ortiz, lui aussi spécialiste des arbitrages internationaux, s’est fait remarquer sur le dossier du nouveau canal de Panama?: six ans de travaux pour un volume de marchandises en transit multiplié par deux, des conflits réitérés et une cascade de surcoûts.

 

Le duo

Grâce à cette double assise historique en corporate et contentieux, Paris est l’un des bureaux les plus rentables de la firme. « Avec le Brésil », tempère Jean-Philippe Lambert, qui siège au board mondial. L’équipe se développe dans des domaines clés du conseil aux entreprises?: tax, corporate, droit financier, de la concurrence, du travail, M&A, private equity, et bien sûr le contentieux, dans un pôle dédié qui inclut l’arbitrage commercial et les traités d’investissement. Finalement, l’activité se scinde en deux catégories d’interventions?: le litigation d’un côté, le transactionnel de l’autre. L’équilibre entre les deux, parfait dans les autres bureaux de la firme, est l’objectif de Paris. « Nous devons atteindre le même équilibre que la firme au niveau global entre ces deux pratiques du droit », résume le managing partner.

 

Accord majeur

L’histoire de l’installation de Mayer Brown en France est singulière. Si la plupart des law firms internationales sont arrivées à Paris par intégration d’un cabinet local, Mayer Brown a commencé par faire de Lambert & Lee, une boutique formée en 1996 par Jean-Philippe Lambert (auquel s’est ensuite associé Jean-Pierre Lee, spécialiste en droit bancaire et financier toujours présent au cabinet), son correspondant. « Je suis allé les rencontrer pour conclure notre accord, se souvient l’intéressé. J’avais alors à peine 32 ans. » L’avocat en parle comme d’un coup de foudre, « un bon alignement des planètes ». L’alliance lui permet de s’adosser dès le départ à une marque internationale pour réaliser le dossier Blackstone en 1997, avec le financement de la tour Descartes à La Défense vendue par Vivendi au fonds américain Blackstone. Lambert & Lee est alors le conseil de nombreuses banques sur un dossier qui signe la relance des opérations immobilières en France. « Mayer Brown nous a permis d’avoir une meilleure crédibilité auprès de l’ensemble des parties à l’opération, explique Jean-Philippe Lambert. Avec du recul, je m’aperçois que c’était osé mais si c’était à refaire, je ne changerais rien », poursuit-il.

 

Résonance de la marque

Les premières années sont consacrées à la promotion du réseau international auprès de ses clients étrangers et au renforcement de la clientèle bancaire française et européenne. « Je travaillais aussi sur des dossiers de Mayer Brown, pour des clients tels que Caterpillar, Dow ou GE. L’alliance fonctionnait tellement bien que mon désir d’autonomie ne se justifiait plus », raconte-t-il. D’autant plus que l’équipe parisienne ne bénéficie d’aucun financement. Mayer Brown Paris s’est fait tout seul. En 2001, le mariage est tout de même célébré. « J’ai réalisé que Mayer Brown n’était pas un cabinet américain mais une firme internationale. Il n’y a pas de siège, pas de maison mère. » Certes, le berceau est Chicago, mais la fusion en 2007 avec le cabinet hongkongais Johnson Stokes & Master (JSM) – « l’un des Red Circle chinois » selon le fondateur parisien – a confirmé le multiculturalisme de la firme. La marque mène une stratégie d’implantation globale par fusions avec l’objectif de conserver la culture de chaque pays. Cela passe par exemple par la conservation du nom d’origine, accolé à celui de Mayer Brown, ou de son niveau
de facturation.

 

Mayer Brown s’est ainsi implanté au Brésil il y a quatre ans grâce à l’alliance avec Tauil & Chequer Advogados. Une opération qui rappelle à Jean-Philippe Lambert sa propre expérience il y a quinze ans puisque le fondateur du cabinet brésilien, Eduardo Lima, a conclu cet accord alors qu’il était âgé d’une trentaine d’années. L’avocat passe maintenant par les mêmes étapes de structuration de l’alliance que son homologue français.

 

Un des objectifs est de renforcer les interventions de la firme en Afrique via le Brésil, comme c’est déjà le cas depuis Paris et Londres. Pour cela, Mayer Brown est très proche d’Afrique Advisors, un cabinet de conseil juridique fondé par une ancienne avocate du bureau de Paris. À cela s’ajoute un bureau à Dubai, ouvert en novembre dernier et dirigé par deux anciens de Baker & McKenzie?: Tahan Thraya et Charles Hallab. Jean-Philippe Lambert confirme que le comité de direction mondial et les avocats de Mayer Brown ont une forte volonté d’expansion sur le continent africain. De quoi confirmer que, quelle que soit la région, sa stratégie est l’arrangement des talents pour la résonance de la marque. Comme si la firme était prête à passer du concerto à la symphonie.

 

Pascale D'Amore

 

Quelques repères

1863. Installation d’Edmund Sharp, fondateur de JSM, à Honkong

1881. Adolf Kraus et Levy Mayer s’associent à Chicago

1909. Le cabinet américain devient Mayer, Meyer, Austrian & Platt…

1970 … puis Mayer, Brown & Platt

1996. Création de Lambert & Lee en France

2001. Lambert & Lee devient Mayer Brown Paris

2007. Adoption du nom Mayer Brown

2008. Fusion de JSM et Mayer Brown

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