Jean-Luc Mélenchon : l'indigné

Pour espérer peser au premier tour de l’élection, le candidat de la France insoumise devra convaincre les électeurs de gauche qu’il porte une alternative crédible et réaliste aux socialistes.

Pour espérer peser au premier tour de l’élection, le candidat de la France insoumise devra convaincre les électeurs de gauche qu’il porte une alternative crédible et réaliste aux socialistes.

«  Le monde dans lequel je vis me révulse, je hais cette forme de société?», lance Jean-Luc Mélechon interrogé sur France 5, le 13 mars. D’un caractère volcanique, le candidat de la France insoumise, jugé parfois violent dans sa manière d’aborder la campagne, se pose comme une alternative au parti socialiste. Une stratégie qui aurait dû s’avérer gagnante au vu du nombre d’électeurs de gauche déçus par les années Hollande.

 

11?%

 

Mais rien n’y fait, Jean-Luc Mélenchon stagne depuis plusieurs années autour de 11 % d’intentions de vote. «?Les gens sont dégoûtés?», se justifie-t-il. Peu importent les sondages, le candidat est prêt à porter son programme jusqu’au bout. Après sa victoire à la primaire de la Belle Alliance populaire, Benoît Hamon espérait pourtant convaincre l’enfant terrible de la gauche de s’allier à lui. Peine perdue. Jean-Luc Mélenchon refuse de «?s’accrocher au corbillard du quinquennat Hollande?». «?Certains socialistes considèrent déjà que le programme de Benoît Hamon est trop à gauche, alors imaginez si j’arrive au milieu?», explique-t-il lorsqu’on lui demande pourquoi il campe sur ses positions. Faut-il voir derrière le comportement de Jean-Luc Mélenchon – qui martèle vouloir rester loyal à ses militants – un surplus d’ego?? «?J’ai plus de 65 ans, vous croyez que j’ai quelque chose à prouver??, se défend-il. C’est une question politique et un contexte.?»

 

Sixième République

 

Si l’homme est loin de faire l’unanimité, chacun semble néanmoins s’accorder sur la sincérité de sa démarche et de son engagement. Le projet, qu’il porte d’ailleurs depuis des années, repose sur une idée. Celle d’une nouvelle manière d’organiser la société, de vivre, de consommer, de produire, de partager. «?Une idée qui ira au-delà de moi?», espère Jean-Luc Mélenchon. Refus du Tafta, abrogation de la loi travail, instauration du droit de révoquer des élus, Smic à 1?300 euros nets (contre 1?143 aujourd’hui)… Un programme qui supposerait une hausse de la dépense publique de l’ordre de 173 milliards d’euros sur le quinquennat. «?C’est du délire total?», estime l’économiste Jean-Marc Daniel, préconisant plutôt d’encourager l’investissement privé. Sur le plan institutionnel, Jean-Luc Mélenchon propose de «?convoquer une Assemblée constituante chargée de remettre entièrement à plat les règles politiques?». Objectif?: inventer la VIe République. Un projet avec lequel il espère convaincre les 25 % de Français toujours indécis.

 

Capucine Coquand 

@CapucineCoquand

 

                              Le programme 

 

Économie

 

  • Taxer les hauts revenus.
  • Revenir à une retraite à 60 ans, mesure chiffrée à 18 milliards d’euros.
  • Rehausser les dépenses publiques à hauteur de 173 milliards sur le quinquennat.
  • Lancer un plan d’investissement de 100 milliards d’euros dans la transition énergétique.
  • Instaurer une allocation d’autonomie « jeunes » de 800 euros versée pendant trois ans, sous conditions de ressources, pour les jeunes de 18 à 25 ans. · Fusionner impôt sur le revenu et CSG.

 

Jean-Luc Mélenchon l’affirme?: la dette n’est pas un problème. «?Son montant est tout à fait supportable une fois ramené à sa durée de vie réelle?: plus de sept ans?», peut-on lire sur son site de campagne. Accusant l’État de s’être lui-même appauvri en offrant des «?cadeaux fiscaux aux plus fortunés, à la finance et aux grands groupes?», le candidat de la France insoumise milite pour une «?révolution fiscale?». Objectif?: parvenir à un système vraiment équitable qui profiterait à 91?% de la population gagnant moins de 4?000?euros par mois. Un «?effort de solidarité nationale?» serait par ailleurs demandé aux 9?% des Français les plus riches. Sur le plan des dépenses, Jean-Luc Mélenchon prévoit ainsi un plan de 173 milliards sur le quinquennat pour financer plusieurs mesures emblématiques comme l’augmentation du nombre de fonctionnaires, la transition énergétique, la retraite à 60 ans ou encore l’allocation d’autonomie «?jeunes?» de 800 euros par mois pour les 18-25 ans sous conditions de ressources. Un projet que le candidat de la France insoumise aurait sous-estimé. S’il table sur 18 milliards d’euros pour la retraite à 60 ans, l’Institut Montaigne estime qu’une telle mesure coûterait 22 milliards en 2022. Idem pour l’allocation autonomie «?jeunes?» calculée à hauteur de 6,3 milliards par Jean-Luc Mélenchon, dont le montant s’élèverait pour le think tank à 9,6 milliards chaque année.

 

 

Emploi 

 

  • Abroger la loi El Khomri · Instaurer un Smic mensuel à 1 300 euros nets (contre 1 143,72 aujourd’hui)
  • Appliquer « réellement » les 35 heures et favoriser le passage à la semaine de quatre jours pour aller vers les 32 heures.
  • Établir le droit opposable à l’emploi en faisant de l’État l’employeur en dernier ressort.

 

En matière d’emploi, les programmes de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon sont similaires. Leur point commun?: une volonté de réduire le temps de travail. Si, comme le candidat PS, le leader de la France insoumise ne préconise pas un passage immédiat aux 32 heures, celui-ci propose néanmoins une application stricte des 35 heures. Les heures supplémentaires seraient majorées (25 % pour les quatre premières et 50 % au-delà), le travail du dimanche supprimé et le forfait-jour limité aux seuls cadres dirigeants. Des mesures qui devraient, selon Jean-Luc Mélenchon, permettre la création de 700?000 emplois par an. Un chiffre audacieux, la France ayant péniblement atteint les 157?000 en 2016 selon l’Insee.

 

 

Société

 

  • Convoquer un référendum pour engager le processus constituant dans l’objectif d’instaurer une VIe République.

 

Autre projet emblématique de Jean-Luc Mélenchon?: en finir avec la Ve République. « La nouvelle Constitution dont la France a besoin doit être radicalement nouvelle, y compris dans sa méthode d’écriture?: elle ne peut être un simple rafistolage de la Ve République, ni se résumer à quelques réformes octroyées par le futur président de la République », peut-on lire sur son site de campagne. Aucun parlementaire de la Ve République ne pourra siéger dans cette Assemblée constituante chargée d’établir la nouvelle Constitution. Avec ce projet, le candidat de la France insoumise prévoit de « balayer l’oligarchie » et d’« abolir les privilèges d’une caste coupée des réalités de la vie du peuple ».  

 

 

Transition écologique

 

  • Adopter un plan de transition énergétique avec un double axe sobriété-efficacité énergétique.
  • Sortir entièrement du nucléaire d’ici 2050.

 

La transition écologique n’est pas un projet chez Jean-Luc Mélenchon. En 2008 déjà, l’homme soulignait la nécessité d’une « planification écologique ». Décidé à proposer une nouvelle façon de consommer, le candidat de la France insoumise préconise de sortir totalement des énergies émettrices de gaz à effet de serre. « Le nucléaire n’est pas une solution d’avenir », est-il précisé dans son programme élaboré, entre autres, par Martine Billard, ex-députée de Paris, à l’initiative en 2009 d’une proposition de loi pour réduire l’empreinte écologique de la France. Sortir du nucléaire aurait néanmoins un coût conséquent, estimé autour de 217?milliards d’euros à l’horizon 2035 par l’Institut Montaigne.

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