Jean-Louis Louvel (groupe PGS) : « Pourquoi ne pas rallonger la durée des prêts bancaires ? »

Entrepreneur à succès à la tête de PGS, ETI leader de la palette en France, Jean-Louis Louvel est également devenu serial repreneur. Après le redressement de six entreprises normandes en trois ans et le sauvetage de 200 emplois, il s’attelle à un nouveau défi : faire de Debris un fleuron de l’industrie nationale.
Jean-Louis Louvel

Entrepreneur à succès à la tête de PGS, ETI leader de la palette en France, Jean-Louis Louvel est également devenu serial repreneur. Après le redressement de six entreprises normandes en trois ans et le sauvetage de 200 emplois, il s’attelle à un nouveau défi : faire de Debris un fleuron de l’industrie nationale.

Décideurs. Pourquoi vous être porté repreneur de la société Debris, équipementier industriel en grande difficulté ?

Jean-Louis Louvel. Il est vrai que rien ne me prédisposait à reprendre cette entreprise. Contrairement aux six entreprises que j’avais pu retourner auparavant, Debris développe une activité totalement étrangère à mon cœur de métier à laquelle je n’ai absolument aucune synergie à apporter. Pour m’intéresser à son cas, il a fallu que l’administrateur judiciaire en charge du dossier me contacte ! J’ai décidé de rencontrer l’ensemble du personnel : la capacité financière à sauver une entreprise ne suffit pas, c’est la volonté de le faire qui importe. Hypermotivée, l’équipe voulait faire valoir son savoir-faire historique.

 

Comment avez-vous construit votre plan de reprise de Debris ?

Seul, je n’y serais jamais allé, c’était trop risqué. Mais je suis un entrepreneur-né et j’aime mon pays ! Pour la première fois, j’ai approché deux autres chefs d’entreprise normands. En mutualisant nos atouts, nous pouvions proposer un vrai plan de relance. L’un apporte ses compétences, l’autre son réseau ou ses finances. C’est comme ça que l’opération s’est faite. En nous fédérant, nous avons démultiplié nos moyens et sauvé l’entreprise. 

 

Souhaitez-vous institutionnaliser votre activité de reprise d’entreprise, via un fonds d’investissement par exemple ?

Non, ou du moins pas au sens classique du terme.  L’idée d’un club regroupant des investisseurs industriels agissant de concert pour le redressement d’entreprises locales me séduit davantage. Aujourd’hui les politiques donnent le ton mais ce ne sont pas eux qui vont changer le pays. Aux gens de terrain de le faire. Or, l’union de chefs d’entreprises permet d’aller « Ensemble, plus vite, plus loin ! ». Cette union, comme dans le cas de Debris, permet de conserver notre liberté d’action pour prendre les meilleures décisions stratégiques et d’orientation pour l’entreprise en préservant une vision moyen et long terme. Sans compter que cette solution nous permet de conserver notre indépendance. En sollicitant des fonds, on subirait une pression, particulièrement malsaine dans le cadre d’une entreprise en difficulté, pour obtenir un rendement. Je crois à la mobilisation des entrepreneurs pour être acteurs de l’économie de nos territoires. Les fonds dont l’accompagnement est généralement d’une durée de cinq à sept ans peuvent influencer certaines décisions à court terme, préjudiciables parfois pour le futur de l’entreprise, pour préparer leur sortie sur un aspect financier ! Mais entendons-nous bien, nous avons besoin des fonds d’investissements pour accélérer la croissance, j’en ai même dans mon capital ! Certains sont même spécialisés dans le « retournement » et selon la taille de l’entreprise reprise, il peut être très intéressant d’y avoir recours, surtout quand les enjeux financiers sont importants.

« Nous ne recherchons pas nécessairement de subventions. Ce qu’il nous faut, c’est de la souplesse » 

 

Que pensez-vous des nombreux dispositifs mis en place sur tout le territoire pour faciliter les projets de reprise comme les vôtres ?

Ces mécanismes sont extrêmement utiles, reconnaissons-le ! Je n’y ai pas eu recours pour mes cinq premières opérations. Pour Debris, en revanche, j’ai bénéficié du dispositif régional Arme : anticipation redressement mutations économiques. Il s’agit d’une aide purement financière qui se compose d’une subvention et d’une avance remboursable avec un report de deux ans à taux zéro. Le système est particulièrement intéressant puisque, par définition, lorsque l’on reprend une entreprise, elle a déjà une taille respectable et donc des besoins en trésorerie. Or, les banques sont assez frileuses lorsque je les sollicite dans des secteurs autres que mon cœur de métier et les aides proposées par d’autres entités telles que la BPI sont inopérantes puisqu’elles ne sont accordées qu’aux entités comptant au moins trois ans d’ancienneté. Des dispositifs tels que l’Arme sont donc fondamentaux : ils apportent de la fluidité, de la souplesse et pallient une réelle lacune.

 

Que préconiseriez-vous pour faciliter la reprise d’entreprises en France ?

Nous ne recherchons pas nécessairement de subventions ou d’aides mais plutôt un dispositif financier adapté à notre secteur. L’une des vraies pistes d’amélioration serait de rallonger la durée des prêts bancaires. Le secteur industriel a besoin de plus de sept ans pour amortir un investissement. Lancer un prêt sur dix ans faciliterait la reprise et le développement des entreprises industrielles. Par ailleurs, laisser aux TPE, PME et ETI le choix de la durée d’amortissement de cet investissement serait également un vrai plus. En un mot, il faudrait insuffler plus de souplesse. 

 

Propos recueillis par Sybille Vié et Aurélien Florin (@FlorinAurelien)

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