Jean-Denis Bachot (Fidelity International) : « Nous prônons la gestion active ? Assumons-le jusqu'au bout ! »

Créé en 1994, le bureau français de Fidelity International est un acteur historique de la gestion active. Jean-Denis Bachot, son directeur, détaille sa vision du marché et revient sur la décision du groupe de lier les frais de gestion à la performance de ses fonds actions.
Jean-Denis Bachot, directeur France de Fidelity International

Créé en 1994, le bureau français de Fidelity International est un acteur historique de la gestion active. Jean-Denis Bachot, son directeur, détaille sa vision du marché et revient sur la décision du groupe de lier les frais de gestion à la performance de ses fonds actions.

Décideurs. Vous approchez les dix milliards de dollars d'actifs sous gestion. Quelle est votre vision du marché français ?

Jean-Denis Bachot. Avec près de neuf milliards de dollars sous gestion, nous figurons parmi les plus importantes sociétés de gestion étrangère établies à Paris. Dans le secteur, il existe une sorte de plafond de verre autour du seuil des cinq milliards et des dix milliards de dollars. Après avoir franchi le premier, nous nous attelons à franchir le second puisque nous avons pour ambition de continuer à grandir, mais surtout de manière pérenne. Or, le marché français est à part en ce qu'il est éminemment concurrentiel. Nous sommes en compétition à la fois avec les grandes banques et assureurs à réseau dont la puissance de frappe est immense, les boutiques qui ne cachent pas leurs velléités d'expansion internationale et les structures à notre échelle, nos concurrents directs.

Dans ce contexte, comment comptez-vous poursuivre votre croissance ?

Notre spécificité, qui est à la fois notre force et notre faiblesse, réside dans le fait que 80 % de notre encours sous gestion correspondent à des actions. Cette proportion est trop importante sur un marché hexagonal où, l'obligataire et le multi-asset demeurent en collecte positive, au contraire du marché actions. Cette tendance globale s'explique à la fois par l'évolution réglementaire qui pousse les banques et assureurs à « dérisquer » leur bilan, mais aussi par la capacité d'innovation financière de l'industrie. Les gérants ont cherché à prendre un risque plus diversifié qu’un risque action fort et l'industrie a su créer des produits offrant de meilleurs profils rendement/risque. Pour continuer à nous développer et pérenniser le bureau français, nous devons diversifier nos actifs sur d'autres classes (obligataire, diversifiée et immobilier pour la clientèle institutionnelle) et faire progresser notre clientèle sur l'épargne longue.

« Les Français sont trop averses au risque »

Quels sont les freins à cette évolution ?

Le problème de la clientèle française, c’est qu’elle est beaucoup trop averse au risque. Sur les 4 400 milliards d’actifs financiers des revenus français, 60 % sont placés dans des produits à taux sans risque (fonds euros, livret A, livrets bancaires, comptes rémunérés…). Puisque les taux sont très bas, nous essayons de basculer nos clients du fonds euro vers les unités de compte et vers l'épargne longue. Nous sommes persuadés que le plus grand risque, aujourd'hui, c'est de ne pas en prendre. Nous devons pousser nos épargnants français à prendre des risques et ainsi les accompagner en faisant évoluer nos portefeuilles au profit des taux et du multi-asset.

Quels sont les impacts de la réglementation Mifid 2 sur votre activité ?

Avec l’adoption de Mifid 2, la grande question qui a agité le secteur était de savoir à qui allait incomber les coûts de recherche externe. Cela nous semblait un angle d’analyse trop restreint et nous avons opté pour une position unique sur le marché européen de la gestion d'actifs, consistant à offrir à nos clients la possibilité d’accéder à un nouveau mode de frais au sein des fonds actions gérés de manière active. Nous allons baisser les frais de gestion fixes à hauteur du coût de la recherche externe tout en introduisant des frais de gestion variables liés à la performance du fonds, de manière symétrique. Ainsi, lorsqu'un fonds réalisera une performance nette de frais supérieure à celle de l’indicateur de référence, nous prélèverons une commission de gestion en rapport avec cette surperformance. À l'inverse, si la performance du fonds se situe au même niveau ou en dessous de celle du benchmark, nous diminuerons nos frais de gestion. Avec ce système, nous dépassons le débat sur le coût de la recherche externe. Nous avons créé notre propre solution dans laquelle le client paiera cette recherche, en ce qui concerne la gestion actions, mais bénéficiera d'une baisse des frais de gestion fixes au moins à due concurrence.

« Il est intellectuellement compliqué de traiter différemment nos clients sur le coût de la recherche selon le continent où ils se trouvent »

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à opter pour ce système inédit ?

Cette approche nous semble plus saine et égalitaire vis-à-vis de l'intégralité de nos clients, qu'ils relèvent de Mifid ou non. Pour une société internationale, il est intellectuellement compliqué de traiter différemment nos clients sur le coût de la recherche selon le continent où ils se trouvent. Or, nous disposons d’une plateforme de recherche intégrée mondiale qui profite à tous nos clients. De plus, il s'agit d'une démarche cohérente : quand on prône la gestion active, c'est que l'on est convaincu de pouvoir faire mieux que le benchmark et que la gestion passive. Dans ce cas, assumons jusqu'au bout en instaurant un système de frais de gestion variables à la hausse comme à la baisse pour certaines classes d'actions. Parallèlement, pour les clients qui ne souhaitent pas payer pour une gestion active, nous leur proposons des solutions indicielles et allons développer notre offre en la matière.

Le métier est en pleine mutation. Quels sont les prochains challenges de la profession ?

Les évolutions à prévoir sont de deux ordres. Tout d’abord, le poids grandissant de la réglementation (PRIIPs, Mifid 2 …) entraîne une hausse des coûts pour les sociétés de gestion, surtout si elles développent une activité à l’international. De manière générale, la pression sur les marges opérée par nos clients et par l’industrie crée un mouvement de concentration dans le secteur que l’on observe depuis quelques temps et qui est amené à se poursuivre. L’autre défi concerne le digital. En la matière, nous n’en sommes qu’au tout début du voyage. La digitalisation va nous permettre de simplifier le travail de nos clients. Ce dont ont besoin nos distributeurs c’est d’augmenter l’épargne longue. Pour cela il faut faire comprendre au client ce qu’est le risque et pour ce faire, il faut être pédagogue en utilisant des outils (communication, marketing, accompagnement) aujourd’hui à notre disposition pour entrer dans un partenariat plus fort. Nos clients attendent du service : notre approche doit être autant axée sur l’accompagnement que sur la capacité à continuer d’offrir des solutions financières performantes.

Propos recueillis par Sybille Vié

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