D’une superficie de seulement deux kilomètres carrés, la principauté de Monaco et ses presque quarante mille habitants attire les fortunes du monde entier. Son ministre de l’Economie et des Finances, Jean Castellini, revient pour « Décideurs » sur les nombreuses ressources de la place financière monégasque.

Décideurs. Quels sont les atouts de la place financière monégasque ? 

Jean Castellini. Monaco a beaucoup d’atouts, au premier rang desquels je placerais la stabilité. Il est important aujourd’hui, au vu de l’environnement international complexe dans lequel nous évoluons, de pouvoir proposer un cadre financier, politique, juridique et fiscal stable. Notre principale stabilité est politique : notre monarchie nous permet de nous inscrire dans le temps et d'envisager toutes nos stratégies dans la continuité. C'est cet équilibre institutionnel qui nous permet de ne pas subir nos échéances électorales. Pouvoir se projeter sur le long terme est un atout indéniable pour attirer des investisseurs. Nous avons également la chance d’avoir de nombreuses compétences disponibles, en particulier en matière de gestion de portefeuille et de banque privée.

Quels sont les acteurs qui composent cet écosystème ?

Monaco accueille aujourd’hui trente-cinq banques et établissements financiers ainsi qu’une soixantaine de sociétés de gestion. Au total, le secteur de la banque et de l’assurance emploie quatre mille personnes, ce qui représente environ 10 % de l’emploi salarié à Monaco. Nous sommes une place financière modeste par rapport à d’autres comme le Luxembourg, avec des actifs sous gestion conseillés ou gérés depuis la principauté actuellement compris entre 115 et 120 milliards d'euros. Tout l’enjeu pour le gouvernement et les acteurs financiers monégasques a été d’élargir cet écosystème au cours des dernières années, d’une part en attirant de nouvelles compétences et savoir-faire – notaires, avocats, family offices –, d’autre part en proposant des investissements de plus en plus variés, dans le private equity, les hedge funds ou l’immobilier.

« L’enjeu pour le gouvernement et les acteurs de la place monégasque a été d’élargir notre écosystème financier »

Quels sont les profils que Monaco cherche à attirer ?

La principauté attire de plus en plus d’actifs, qui ont souvent déjà connu le succès dans une première partie de leur vie et sont dans cette même idée de création de valeur et d’emplois. Le dialogue est beaucoup plus fructueux aujourd’hui qu’il y a vingt ans entre ces entrepreneurs et les professionnels de la finance qu’ils viennent chercher à Monaco, parce qu’ils parlent la même langue et sont très exigeants en termes de qualité de conseil. Pour continuer à attirer cette population, il est clair que Monaco doit œuvrer à maintenir la qualité de son écosystème financier.

La principauté a engagé une réforme importante concernant les multi-family offices. Quel était son objectif ?

Les multi-family offices étaient la pièce manquante à notre échiquier. Nous avions un nombre croissant de family offices à Monaco, mais pas d’offre intermédiaire destinée aux personnes disposant d’une surface financière importante mais insuffisante pour avoir leur propre office. Cette réforme visait donc à permettre l’implantation de multi-family offices dans la principauté, ainsi qu’à conserver les compétences sur le territoire. En effet, de nombreuses opérations de fusions-acquisitions dans le domaine bancaire – BSI et EFG, J. Safra et Sarasin… – ont créé des redondances dans certaines institutions. Les personnes concernées ont de très bonnes compétences ainsi qu’une connaissance pointue de la place financière monégasque : ils sont tout à fait capables de construire des structures dédiées ou d’accueillir des multi-family offices étrangers souhaitant s’implanter à Monaco. Outre ces profils, nous avons également reçu des manifestations d’intérêt de la part des family offices eux-mêmes, ainsi que des corporate service providers, qui voient à leur tour leur métier évoluer.

Cet écosystème est-il complet aujourd’hui ?

Il le sera bientôt ! Nous inaugurons en novembre la création de l’incubateur Monaco Tech, qui nous permettra d’accueillir et de faire grandir de jeunes entreprises innovantes. Nous avons la chance de pouvoir bénéficier de l’expérience de Xavier Niel, cofondateur du projet. Au total, nous accueillerons dès 2018 une douzaine de sociétés, qui évoluent dans le secteur de la finance, mais pas seulement : nous avons aussi retenu des projets dans la santé ou l’environnement. L’objectif est de permettre à Monaco de bénéficier de ces nouveaux services, mais aussi d’être en phase avec la politique menée par le prince Albert II à l’international.

Propos recueillis par Camille Prigent

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