Jacques Attali : « Il faut privilégier l’important sur l’urgent »

L’université d’été du Medef aura permis au champion de l’économie positive, Jacques Attali, d’adresser aux dirigeants politiques et économiques de la planète un plaidoyer en faveur d’une gouvernance du long terme. Plus soucieuse de l’intérêt des générations futures que des taux de popularité ou des retours rapides sur investissement.

L’université d’été du Medef aura permis au champion de l’économie positive, Jacques Attali, d’adresser aux dirigeants politiques et économiques de la planète un plaidoyer en faveur d’une gouvernance du long terme. Plus soucieuse de l’intérêt des générations futures que des taux de popularité ou des retours rapides sur investissement.

Alors que le climat économique européen est à l’amélioration, que tous les pays frappés par la crise sortent les uns après les autres de la récession et que la France elle-même montre des signes d’embellie, le monde actuel, dans tout ce qu’il comporte d’incertitudes et de mutations en cours, soulève de nouveaux enjeux pour les dirigeants politiques comme pour les chefs d’entreprise.  C’est ce que les économistes présents à l’université d’été du Medef se sont chargés de rappeler. Parmi eux, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Économistes, pour qui le monde tel qu’il se dessine aujourd’hui demeure « une énigme » à aborder avec prudence.

Le monde, cette énigme

« Nous avons vécu jusqu’à il y a une dizaine d’années dans une naïveté absolue, en croyant que la croissance continuerait éternellement sur le même rythme, a-t-il déclaré. Or ce rythme décroît et il va continuer à le faire ». Une réalité due à de multiples facteurs parmi lesquels le vieillissement de la population mondiale et la révolution technologique en cours qui, pour l’heure, supprime plus d’emplois qu’elle n’en crée. Ajoutez à cela la financiarisation du monde et la montée des tensions géopolitiques qui contribuent à alimenter le risque économique et l’on comprendra que, comme l’affirme Jean-Hervé Lorenzi , « la croissance actuelle soit très différente de celle que nous connaissions auparavant ».

D’où l’intérêt, pour Jacques Attali, président de la Fondation Positive Planet et du groupe A&A, de rappeler les enjeux d’une gouvernance qui, qu’elle s’exerce dans le domaine politique ou économique, ne peut plus s’envisager que sur le long terme.

L’urgence du long terme

« Les enjeux du monde de demain s’abordent aujourd’hui, a-t-il insisté. En 2008 nous avons évité de justesse la catastrophe qu’aurait été l’émergence d’un protectionnisme mondial ; mais une économie de marché sans état de droit ne peut fonctionner dans la durée, or pour l’heure, nous avons une économie mondiale sans état de droit ». Une situation qui, à termes, nous condamnerait à la catastrophe. « Nous avons survécu à cela en accumulant les dettes, ce qui nous permis de retarder les échéances mais signifie que nous vivons aux crochets des générations suivantes, sur le climat comme sur la dette ! ». Une situation intenable dans la durée qui, selon Jacques Attali, exige aujourd’hui de revoir certaines priorités. « L’urgent doit passer après l’important, a déclaré l’économiste en opposant la tentation politique de gouverner en fonction des sondages et de leur sanction court-termiste et la hauteur de vue que requiert la situation mondiale.

« Travailler dans l’intérêt des générations suivantes »

Dans la catégorie « important », Jacques Attali évoque notamment la formation des chômeurs, « cet élément de stabilité social fondamental dans lequel il est essentiel d’investir, tout comme il est essentiel d’augmenter les moyens alloués à la prévention pour réduire les dépenses de santé ».

Autre impératif permettant, selon lui, de privilégier « l’important sur l’urgent » et le long terme sur l’immédiateté : parvenir à « un état de droit planétaire ». « Lorsqu’il n’y a pas d’état de droit, la démocratie conduit au populisme ; c’est ce qui s’est passé en 1910 », a-t-il lancé avant de s’adresser aux dirigeants économiques pour leur rappeler qu’ils avaient, eux aussi, un rôle à jouer. « Tout comme les politiques, l’entreprise doit travailler dans l’intérêt des générations suivantes, ce qui implique de redéfinir son statut de manière à ce que l’entreprise ne tire pas uniquement sa légitimité de ses actionnaires ». Mais également de sa capacité à penser long terme.

Caroline Castets

@CaroCastets1 

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