Jaap Bosman : « Pendant que l’orchestre continue de jouer, le Titanic coule »

Jaap Bosman est l'auteur de Death of a law firm, qui, comme son nom ne l'indique pas, ne prévoit non pas la fin des cabinets d'avocats mais celle d'un modèle. Entretien avec l'auteur.

Jaap Bosman est l'auteur de Death of a law firm, qui, comme son nom ne l'indique pas, ne prévoit non pas la fin des cabinets d'avocats mais celle d'un modèle. Entretien avec l'auteur.

Décideurs. Vous avez choisi un titre provocateur. Quel message voulez-vous délivrer ?

Jaap Bosman. Beaucoup d’avocats sont aveuglés par leur succès. Depuis longtemps déjà l’idée, de la fin des avocats a été évoquée mais n’a jamais été matérialisée. Et a contrario, les cabinets d’avocats se sont très bien portés ces dix dernières années. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. Le titre de l’ouvrage doit être combiné avec son sous-titre : « Why many business law firms will collapse in the next five years », devenant ainsi un signal pour refléter le sérieux de la situation. Pendant que l’orchestre continue de jouer, le Titanic coule.

 

Décideurs. N’y-t-il pas un danger à tomber dans une analyse trop généralisée ?

J. B. Beaucoup de questions méritent d’être abordées mais la principale reste la standardisation du service juridique, sa nature furtive et le refus des avocats qu’elle n’affecte leur pratique personnelle. La standardisation face à l’aveuglement des avocats est un mélange très toxique.

 

Décideurs. Quels sont les points communs entre les cabinets d’avocats en danger de faillite ?

J. B. Ce ne sont pas les firmes qui font partie de l’élite qui courent des risques. Wachtell, Sullivan & Cromwell, Skadden Arps et celles qui leur ressemblent seront encore là dans cinq ans. Les cabinets internationaux comme Baker & McKenzie, DLA ou Hogan Lovells ne doivent pas non plus se sentir en danger. Ces dernières souffriront d’une forme de standardisation mais compenseront toujours en gagnant d’autres parts de marché. Sont en péril en revanche tous les cabinets d’avocats locaux qui ont conservé une position confortable sur leur marché domestique durant des années. Ceux-là ont tendance à proposer du service sur mesure alors que leur marché se banalise chaque jour.

 

Décideurs. Apportez-vous des solutions au problème que vous soulevez dans votre livre ?

J. B. La solution pour les cabinets d’avocats qui sont confrontés à ces risques serait d’ouvrir les yeux et de comprendre qu’ils agissent sur un segment qui sera bientôt standardisé à 90 %. Il faut qu’ils acceptent ce fait et qu’ils organisent leur activité en conséquence. Il n’y aura pas de « taille unique » comme dans le prêt-à-porter. Ni d’ailleurs de recette magique du « succès en sept étapes ». Voler loin de l'abîme demandera beaucoup d'efforts et une indéfectible détermination. Pas de solution « deus ex machina ». Pas même en lisant mon livre.

 

 

Props recueillis par Jeannne Yizhen Yin

 

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