Innovation : le casse-tête du financement public

Les financements publics souvent considérés trop compliqués à mettre en œuvre, les entreprises innovantes se tournent vers les financements privés pour assurer leur croissance. À tort ?
Les représentants de PME, start-up, banques et cabinets de conseil étaient rassemblés à Paris le 31 mai dernier, lors du G20 Croissance & Innovation, pour répondre à cette question.
Étienne-Marie Airiau (AXA Banque), Rachel Delacour (Zendesk), Michel Barrais (PNO Consultants), Thierry Franck de Préaumont (Idex), Franck Boniface (Vestiaire Collective)

© Décideurs Magazine

Les financements publics souvent considérés trop compliqués à mettre en œuvre, les entreprises innovantes se tournent vers les financements privés pour assurer leur croissance. À tort ? Les représentants de PME, start-up, banques et cabinets de conseil étaient rassemblés à Paris le 31 mai dernier, lors du G20 Croissance & Innovation, pour répondre à cette question.

Des plates-formes de crowdfunding au joint-venture, en passant par les business angels, les solutions ne manquent pas en matière de financement privé. Bien que les montants octroyés restent marginaux comparés aux besoins, ces dispositifs ont l’avantage de servir de « label pour les banquiers et clients et permettent de rassurer le financeur public si une levée de fonds publique est envisagée », précise Michel Barrais, responsable du pôle financement de l’innovation chez PNO Consultants.

L’État : principal financeur de l’innovation

Les leviers de financement publics, moins sollicités que les financements privés en matière d’innovation, ont pourtant vu leur budget croître ces dernières années. Entre 2012 et 2015, Bpifrance a enregistré une hausse de 71% du montant consacré au financement de l’innovation.La banque publique est aujourd’hui un acteur incontournable en matière de financement public avec 1,3 milliard d’euros mobilisé en 2016 pour le financement de l’innovation.Victime de son succès, l’offre de financement de Bpifrance ne peut cependant pas couvrir toutes les demandes. De surcroît, les entreprises doivent faire preuve de vigilance car Bpifrance propose des subventions mais aussi des avances et prêts. Il faut donc s’assurer d’avoir bien identifié la catégorie à laquelle les fonds attribués sont rattachés. À cela s’ajoute le délai significatif qui s’écoule entre la décision d’attribution des fonds et leur versement effectif, en raison duquel, les entreprises sont contraintes d’avancer les sommes. Ainsi, bien contrôler les dépenses faites en perspective du versement des aides octroyées est crucial pour éviter « un trou d’air financier qui peut être fatal », avertit Étienne-Marie Airiau, responsable de la stratégie et de la clientèle haut de gamme pour Axa Banque.

« Une administration française des années 1950 »

Un autre mécanisme de financement public est celui de la réduction des coûts recherche & développement et impôts tels que le crédit d’impôt recherche (CIR) ou encore le crédit d’impôt innovation (CII). Les critères d’attribution pour ces dispositifs sont néanmoins très stricts et les entrepreneurs sont confrontés à « une administration française des années 1950 », constate Thierry Franck de Préaumont, président d’Idex. De fait, pour l’administration, le terme « innovation » suggère un concept innovant et non une mise en œuvre innovante. Elle ne conçoit pas l’innovation en termes de « modèle » et insiste sur la dimension scientifico-technologique du terme. Or, ces critères pèsent sur les entrepreneurs qui doivent favoriser le dialogue avec les autorités afin de pousser l’administration à mettre à jour sa définition pour mieux correspondre aux réalités du marché. C’est là l’objectif de Rachel Delacour qui a participé à la rédaction du « Manifeste des start-up » de France Digitale, qui précise qu’en 2015, 68% des start-up numériques ont demandé un CIR alors qu’en 2014, les demandes s’élevaient à 77%. Enfin, même lorsque ces aides sont attribuées, les entreprises qui en bénéficient font presque systématiquement l’objet de contrôles fiscaux a posteriori et peuvent se voir condamnées à rembourser la totalité des financements perçus. Ce poids lourd de la rétroactivité, qui remonte à plusieurs années, est un facteur de risque élevé que les entrepreneurs ne doivent pas oublier de prendre en compte dans leurs démarches de financements car « le CIR peut rapidement devenir toxique pour les aides futures et les associés fondateurs », précise Michel Barrais, manager financement de l’innovation chez PNO Consultants. « En 2015, 68% des start-up numériques ont demandé un CIR alors qu’en 2014, les demandes s’élevaient à 77%. »

Au bout du compte, il ne faut pas fermer la porte des financements publics mais apprendre à « rester en équilibre dans une structure qui ne l’est pas », philosophe Franck Boniface. Tenter de conserver un maximum de visibilité réglementaire et mettre en place des garanties suffisantes, sans se laisser absorber par les procédures chronophages et risquer de perdre de vue son objectif principal : développer son business.

 

Mélanie Joly

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