David Gascoin (CBien) : « Nous souhaitons redonner le pouvoir à l’assuré »

Que possédez-vous et combien valent ces objets aujourd’hui ? Pour trouver la réponse à ces questions, il faut disposer d’une excellente mémoire, d’une organisation méticuleuse et du temps nécessaire pour estimer vos biens. Grâce à David Gascoin et CBien, l’inventaire automatisé en ligne promet de bouleverser l’univers des assurances comme celui de l’économie collaborative.
David Gascoin, fondateur et directeur général de CBien

Que possédez-vous et combien valent ces objets aujourd’hui ? Pour trouver la réponse à ces questions, il faut disposer d’une excellente mémoire, d’une organisation méticuleuse et du temps nécessaire pour estimer vos biens. Grâce à David Gascoin et CBien, l’inventaire automatisé en ligne promet de bouleverser l’univers des assurances comme celui de l’économie collaborative.

Décideurs. Quelle est l’ambition de Cbien ?

David Gascoin. L’objectif de notre plate-forme d’asset management est d’aider les particuliers à tirer le meilleur des biens qu’ils possèdent et à mieux les gérer. En anglais, une formule existe pour résumer cette aspiration : « Make more with your stuff ». Cela se décline en différents services. Les objets sont enregistrés et référencés très rapidement, ce qui facilite leur revente, leur partage, mais permet aussi une gestion plus sereine des sinistres. 

Quelle est la méthodologie à suivre pour référencer ses biens sur votre plate-forme ?

Tout au long de la vie des consommateurs, nous les aidons à constituer un inventaire précis des biens qu’ils possèdent. Ces objets mobiles ont toujours plus de valeur à l’image des produits de haute technologie dont raffolent les jeunes générations. Garder une trace de l’historique du produit et du rapport de propriété avec l’utilisateur peut s’avérer décisif dans certaines situations. Il existe plusieurs manières d’enregistrer un objet sur CBien. Par exemple, il est possible de scanner le code barre d’un produit ou encore d’utiliser notre moteur de recherche, relié à des sites d’e-commerce, pour sélectionner l’objet possédé dans nos bases de données. CBien a développé deux autres technologies pour faciliter cette opération cruciale. La première, sortie il y a peu, permet d’enregistrer encore plus rapidement ses objets en prenant simplement sa facture ou son ticket de caisse en photo. Notre outil ressort les informations clés comme le nom, les caractéristiques techniques et la valeur. La preuve d’achat numérisée est automatiquement associée à l’objet enregistré. Plus besoin de se soucier de ce bout de papier, vous pouvez le jeter !  La seconde, qui sortira prochainement, permettra d’enregistrer directement sur son compte CBien ses achats effectués en ligne, via une extension web, dite plug-in. Une autre innovation majeure à venir est le référencement automatique proposé en magasin à la suite du passage en caisse. Il suffira de communiquer l’adresse e-mail reliée au compte CBien pour que l’objet fraîchement acquis soit enregistré dans l’application.

« Presque 50 % des assureurs dommage en France font partie de nos actionnaires »

Comment parvenez-vous ensuite à estimer la valeur de ces biens répertoriés ?

Notre volonté est de devenir l’argus des biens matériels. Lorsque l’objet à évaluer est reconnu par nos technologies et qu’il est correctement référencé sur le Net, les algorithmes de CBien parviennent à agréger les prix disponibles en ligne afin de mettre à jour la valeur de l’objet. En ce qui concerne les objets plus anciens ou plus rares, d’ici peu, l’estimation sera effectuée par des experts spécialisés, partenaires de notre plate-forme. Cette solution peut s’avérer cruciale lorsque l’on reçoit un héritage et que l’on s’interroge sur la valeur de ses objets. Cette option sera payante, pour rémunérer l’intervention humaine.

Comment votre démarche s’inscrit-elle dans l’émergence de l’économie collaborative ?

Nous avons concentré nos premiers efforts pour aider les gens à mieux gérer leurs biens lors d’événements marquants (déménagements, déclarations de sinistres, héritages…). À présent, notre plate-forme permet le développement de nouveaux usages plus ancrés dans la vie quotidienne comme la vente, la location, le partage ou la réparation de biens. CBien brise une barrière qui freinait jusqu’alors le développement de l’économie collaborative, celle du référencement. La traçabilité du produit est nettement améliorée avec notre solution. Si un utilisateur de CBien souhaite afficher sa géolocalisation et certains objets qu’ils désirent prêter ou louer, il pourra le faire sur la plate-forme et les autres utilisateurs de son quartier sauront à qui s’adresser pour obtenir facilement ce qu’ils cherchent.

Quels sont vos autres grands projets pour l’année 2018 ?

Je ne peux pas tout évoquer ici mais nous travaillons notamment sur une solution d’assurance on-demand qui devrait représenter un bouleversement majeur pour le secteur. Ce système sera fondé sur une cotisation journalière afin de protéger ses biens lors d’événements exceptionnels. Si je souhaite par exemple assurer mon appareil photo lors de mon voyage de deux semaines dans un pays exotique, puis résilier cette assurance une fois revenu chez moi : l’opération est impossible aujourd’hui en France. Elle sera bientôt à portée de clics avec CBien. Grâce à cette initiative, nous souhaitons redonner le pouvoir à l’assuré, trop souvent contraint d’accepter des conditions qui ne lui correspondent pas absolument. Cette flexibilité sera essentielle pour les assureurs de demain.

Chiffres clés :

- 10 mois : c’est le temps qui a été nécessaire au développement de la plate-forme CBien en ligne
- 8 millions : c’est la somme levée en mai 2017 par CBien auprès du groupe Macif, de la Maif et du fonds 5M Ventures.

Au global, les compagnies d’assurance vous considèrent-elles comme un allié de circonstance ou comme une menace accaparant une partie de la relation client qui leur était dévolue ?

CBien, en tant qu’acteur de la filière assurantielle, est le partenaire des spécialistes de l’assurance dommage et non pas un concurrent. Toutes les compagnies qui souhaitent répondre aux besoins exprimés par les Millenials peuvent se tourner vers nous pour trouver des solutions adaptées. L’image « d’assureurs à papa » colle à la peau de certains et cela pourrait être préjudiciable pour leur développement à venir. Presque 50 % des assureurs dommage en France font partie de nos actionnaires et de nouveaux partenariats sont en train d’être finalisés. Avec la Maif, la Macif et la Matmut nous proposons par exemple notre plate-forme en co-branding et les assurés de la Macif et la Matmut peuvent même retrouver leur compte CBien directement depuis l’application des compagnies. Nous intervenons aussi pour assister les assureurs lors de l’estimation de biens endommagés ou volés. En temps réel, nous sommes en mesure d’aider les conseillers à identifier le bien et à évaluer sa valeur. Jusqu’à présent, cette opération demandait l’intervention d’un expert et pouvait durer entre deux et six semaines. Les gains en temps et en argent sont considérables alors que les résultats demeurent très similaires.

« Toutes les données personnelles sont chiffrées pour assurer un strict respect de la confidentialité des usages. »

Que vous ont apporté les assureurs traditionnels ?

Grâce aux grandes compagnies, nous avons pu lever près de dix millions d’euros en deux ans. Lorsque 50 % des acteurs de la place misent sur une start-up, cela intrigue aussi bien les investisseurs que les prospects internationaux. Par ailleurs, nos partenaires ont pu nous offrir une certaine notoriété grâce à leurs canaux de communication. Les développements de nos projets ont aussi été accélérés par leurs expertises en interne. Enfin, à l’international, nous avons pu participer au Startupbootcamp Insurtech London, l’un des plus prestigieux accélérateurs pour l’InsuranceTech mondiale.

Êtes-vous rentable aujourd’hui ? Comment le devenir à l’avenir ?

Nous ne le sommes pas encore car nos investissements technologiques sont très lourds afin de sécuriser notre croissance future. Les sources de rentabilités sont déjà identifiées avec les offres proposées aux compagnies comme le co-branding par exemple ou les assurances on-demand. Nous réfléchissons aussi à la mise en place d’une plate-forme de transactions où nous pourrions prendre des commissions. Différentes monétisations de nos services sont possibles, aussi bien en B2B qu’en B2C. Tout cela est de bon augure et nous permettra de conserver la gratuité de l’application.

Vous collectez un nombre important de données sur vos utilisateurs. Comment les protégez-vous ?

Toutes les données personnelles sont chiffrées pour assurer un strict respect de la confidentialité des usages. Nous organisons de nombreux audits de sécurité informatique afin de travailler avec sérénité. Ce sujet est fondamental à nos yeux. Dans nos conditions générales d’utilisation, il est stipulé qu’aucune donnée ne peut être transmise à un tiers sans l’accord préalable de l’utilisateur. Par ailleurs, ces données ne sont pas commercialisables. Les utilisations statistiques existent mais elles sont anonymisées par défaut.

 

Propos recueillis par Thomas Bastin (@ThBastin)

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