Crispations autour de la réforme de l'apprentissage

Afin de lutter durablement contre le chômage des jeunes, le gouvernement souhaite « développer massivement » l’offre d’apprentissage des entreprises en direction des moins de 25 ans. « Notre objectif est de changer l’image de l’apprentissage et de le transformer en profondeur, de changer d’échelle et d’en faire une voie d’excellence et de réussite pour tous les jeunes », déclare la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Afin de lutter durablement contre le chômage des jeunes, le gouvernement souhaite « développer massivement » l’offre d’apprentissage des entreprises en direction des moins de 25 ans. « Notre objectif est de changer l’image de l’apprentissage et de le transformer en profondeur, de changer d’échelle et d’en faire une voie d’excellence et de réussite pour tous les jeunes », déclare la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Les chiffres parlent effectivement d’eux-mêmes. Selon une enquête révélée par France Stratégie, la France compte 13,8 % de 20-24 ans au chômage et 14,7 % de 15-29 ans sans emploi et sans formation en 2015. Dans le même temps, plus de 7 apprentis sur 10 sont en emploi quelques mois après la fin de leur formation. En 2010, le centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq) observait déjà un écart de 9 points entre le taux de chômage des jeunes avec un diplôme en alternance à faible niveau d’éducation et les jeunes qui sortaient d’une filière classique. D’où l’intérêt d’une revalorisation sensible de l’apprentissage. Mais les discussions en cours génèrent de vives tensions, en particulier entre les régions et le patronat.

En effet, outre un assouplissement du contrat d’apprentissage jugé trop rigide, le gouvernement entend opérer une clarification du rôle des institutions. Les branches professionnelles gagneraient ainsi en influence s'agissant de l'élaboration et d’évolution des diplômes, au détriment de l’Éducation nationale. Et surtout, elles seraient également en charge de l’organisation des cartes territoriales de formation. Une prérogative initialement détenue par les régions qui montent au créneau pour s'opposer à ce changement.

Les présidents de régions craignent de perdre leurs compétences exclusives en matière d’ouverture et de fermeture des centres de formation d’apprentis (CFA) et par la même occasion, le financement qu’ils perçoivent, soit 51 % de la taxe d’apprentissage qui serait transféré aux branches.

Le risque d’engendrer de nouvelles fractures entre les territoires est évoqué : de profondes disparités apparaîtraient, avec d’un côté les grandes branches disposant de moyens conséquents dans la gestion de l’apprentissage, et les autres. « Qui ira installer un CFA dans une zone rurale difficile d’accès ou une zone sensible, là où il est difficile de faire venir des formateurs ? » s’est ainsi inquiétée Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, en présentant son bilan sur sa politique en faveur de l'apprentissage, ainsi que le relatait La Croix.

On compte sur les doigts d’une main le nombre de branches qui seraient en mesure de piloter un système aussi complexe que l’apprentissage

Pierre Courbebaisse, FFP

Pierre Courbebaisse, vice-président de la fédération de la formation professionnelle (FFP) en charge de l’alternance, émet également de fortes réserves dans une tribune du 26 janvier diffusée sur le site de la FFP. « Reste pour autant à savoir si les branches peuvent faire beaucoup mieux dans ce domaine. Certes, elles font leurs preuves dans la gestion des contrats de professionnalisation qui permettent à 75 % des jeunes de s’insérer dans un emploi durable à l’issue de leur formation. Mais on compte sur les doigts d’une main le nombre de branches qui seraient en mesure de piloter un système aussi complexe que l’apprentissage tout en apportant une réponse fine et réactive aux besoins de tous les territoires et au plus près des TPE/PME » affirme-t-il.

 « Salariés et RH sont les otages de rapports de forces et d’intérêts  qui mettent actuellement  sur la place publique la complexité du système et son inefficacité »

Jean-Paul Charlez, ANDRH

Ces tensions et confrontations inquiètent les entreprises et les professionnels des ressources humaines. Dans un communiqué du 29 janvier, l'Association Nationale des DRH (ANDRH) déclarer déplorer la «dramaturgie » des discussions actuelles qui offrirait selon elle « le triste spectacle d’un marchandage».  Pour Jean-Paul Charlez, président de l'ANDRH « salariés et RH sont les otages de rapports de forces et d’intérêts  qui mettent actuellement  sur la place publique la complexité du système et son inefficacité ».

En tout état de cause, les discussions vont devoir sortir de l'ornière pour que soit respecté le calendrier fixé par le gouvernement, qui avait annoncé la présentation d'un projet deloi au Parlement au printemps prochain.

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