Christine Kelly (Villa Média) : « Une exposition de vieux postes télé, no way ! Le premier tweet de Jean-Pierre Elkabbach, oui !

Christine Kelly s’est lancée, sans ego et à ses frais, dans l’aventure de la Villa Média pour éduquer et divertir, former et informer. Un lieu qu’elle souhaite aussi vivant qu’elle est motivée. CSA, François Fillon, journalisme, le tour de son actualité.
Christine Kelly, un engagement sans faille pour l'éducation à l'information et aux médias.

© Ch. Lartige/CL2P

Christine Kelly s’est lancée, sans ego et à ses frais, dans l’aventure de la Villa Média pour éduquer et divertir, former et informer. Un lieu qu’elle souhaite aussi vivant qu’elle est motivée. CSA, François Fillon, journalisme, le tour de son actualité.

Décideurs. Réduction des budgets, lieux divers envisagés même si Saint-Denis semble maintenant arrêté, peu de relais médiatiques ou de soutien étatique… Vous semblez porter le projet de la Villa Média à bout de bras ! 

Christine Kelly. Effectivement, c’est difficile. Mais je le savais avant de lancer le projet en 2012/2013 : construire un musée prend entre dix et quinze ans. Parvenir au bouclage en 2019, ce que je vise, serait déjà un exploit : on est en vitesse accélérée pour un projet de long terme. Nous avons maintenant le lieu, le nom, le logo depuis octobre et l’équipe. C’est une démarche active, évolutive, aussi bien de pédagogie que d’enquête, de lobbying… Et aussi d’adaptation à la situation des finances publiques : l’État ne peut plus porter seul ce genre de grands projets culturels qui perdent tous de l’argent alors que le besoin d’éducation aux médias est crucial.

 

L’État bottant en touche, quels vont être vos partenaires ?

On s’oriente vers un financement privé qui sera plus rapide à se mettre en place, et par la suite vers un partenariat public-privé. Des collectivités, le conseil régional avec Valérie Pécresse ou la ville de Saint-Denis sont très intéressés. La fourchette budgétaire, dans sa version haute, tourne autour de trente millions d’euros, mais cela comprend l’achat du bâtiment qui pèse pour les deux tiers du budget total, et c’est une enveloppe qui porte sur trois ans. Nous avons déjà comme partenaires Atout France, Sony, qui est prêt à financer les studios télé pour l’éducation aux médias, AMP Visual Télé, prestataire des plus grands événements sportifs, ou Africa24 qui a financé la scénographie et Unilever. J’ai rencontré Vincent Bolloré, Fabrice Larue, patron de Newen, Martin Bouygues, LVMH… ils sont tous intéressés, mais nous devons préciser le business plan définitif avant de lever des fonds.

Ce dont je rêvais, c’est que l’État se dise qu’il y a un besoin à ce niveau-là, d’éducation aux médias, pour contrer les théories du complot qui pullulent sur les réseaux sociaux, les fausses informations, etc. Il faut se rendre compte de l’importance des médias dans notre société, de leur impact dans notre quotidien. Un lieu d’échanges comme celui-ci est très important, et plus les jours, les mois, les années passent, plus je suis intimement convaincue de son aspect indispensable.

 

Quel musée sera cette Villa Média??

Nous ne fonctionnerons pas sur un mode d’expositions permanentes qui grèvent les budgets mais sur des expositions temporaires fortes, le coût est bien moindre et il correspond plus au tempo des médias, de l’information. Je ne voulais pas d’ailleurs qu’un tel lieu s’appelle « musée » : une exposition de vieux postes télé à la Villa Média, no way ! Mais le premier tweet de Jean-Pierre Elkabbach, oui ! Il faut en faire un lieu vivant, qu’il vive avec les médias et les nouvelles technologies et que les médias vivent avec le musée, qu’il soit en lien avec les formations, les écoles, l’actualité.

 

À quel type d’expositions pensez-vous??

Prenons la campagne présidentielle, on pourrait proposer une exposition uniquement tournée sur ce sujet?: le rôle des réseaux sociaux, l’évolution des campagnes, pourquoi les émissions politiques s’arrêtent dès que l’on connaît tous les noms des candidats officiels… Ou l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier : trois jours plus tard, on doit pouvoir proposer une exposition sur les dessinateurs de presse, l’évolution des tweets dans le monde, la couverture médiatique, etc. Mais on peut aussi parler des fictions à la télé, des médias et du sport, s’interroger sur les raisons pour lesquelles la radio fait de la télévision aujourd’hui et si elle va disparaître de ce fait. La publicité est aussi un sujet sans fond, le placement de produits, le placement d’idées qui est interdit en France mais il faut savoir que cela existe…

 

Quel sera le positionnement de la Villa ?

Je veux une institution engagée, qui prenne position, pour expliquer mais aussi pour défendre les médias que l’on casse trop souvent. Cela passera aussi par l’autocritique qui sera source de crédibilité.

Je veux aussi informer les Français, leur donner des clés de compréhension. Une chaîne ne peut par exemple pas avoir plus de 20 % de capital étranger, ce sont des détails mais qui sont essentiels à savoir pour la crédibilité des médias traditionnels. On peut aussi expliquer la différence entre des médias régulés, comme la radio et la télé, et un média non régulé comme la presse écrite mais qui s’autorégule – avec par exemple Le Parisien qui décide de ne plus faire de sondages –, et enfin les réseaux sociaux où il n’y a aucune régulation. Autre point que les Français doivent connaître : la presse reçoit 300 millions d’euros d’aides publiques quand la télévision reverse 400 à 500 millions d’euros pour financer le cinéma. Indirectement, quand un député veut supprimer une publicité pour un produit ou une tranche horaire, il diminue l’investissement dans le cinéma français !

 

Que retiendriez-vous de votre passage au CSA ?

Notamment que nous avons autorisé la citation de Facebook et Twitter à la radio et à la télévision : le décret de 1992 sur la publicité interdisait aux journalistes d’inciter à les rejoindre sur ces réseaux sociaux, c’était apparenté à de la publicité déguisée pour ces plates-formes. J’ai obtenu à force de persuasion une forme de dérogation, au même titre que les revues de presse. Cela a permis aux médias, aux journalistes ou aux émissions d’y être, de s’y développer, de se moderniser en quelque sorte. Même les médias américains avaient salué cette décision !

 

Vous poursuivez votre carrière de journaliste et vous publiez votre deuxième livre sur François Fillon que vous avez suivi longuement (1). Vous étiez d’ailleurs l'une des premières à dire que ce n’était pas du tout un « Mr. Nobody » !

Oui j’ai vraiment enquêté pendant six mois sur lui, hors de toute campagne électorale, en prenant un congé sans solde de LCI. Comme il ne voulait pas que j’écrive un livre sur lui, j’ai dû rencontrer tout son entourage, ses adversaires, ses soutiens, à Paris, dans la Sarthe… plus de cinquante personnes ont témoigné dans cet ouvrage. À 99 % ce n'est pas une biographie autorisée, mais il a tout de même fini par accepter de me parler. Et il apparaît très vite comme un personnage tout sauf lisse ! Il a pu par exemple être surnommé le « gentleman cambrioleur » par l’opposition dans sa région, même s’il ressort également beaucoup de respect pour la personne. Il est aussi considéré comme un surdoué de la politique : il a occupé tous les postes et a été souvent élu avec des scores à la soviétique de 60/70 %... C’est un teigneux, déterminé, qui ne lâche rien et il a souvent obtenu ce qu’il voulait. S’il est resté cinq ans à Matignon, c’est parce qu’il le voulait. Il sait ce qu’il veut, courber l’échine ou foncer quand il le faut (2). Son atout majeur c’est ne pas être vraiment dans les médias mais c’est aussi son plus gros défaut. Ça lui a servi, est-ce que cela servira à l’avenir…

 

Cela vous vaut aujourd’hui d’être entendue par la justice dans le « Pénélope Gate » et d’avoir reçu des menaces ?

Oui, elles ont cessé immédiatement après que je les ai rendues publiques et elles émanaient d’une seconde main d’une équipe dont je tairai le nom. Quant à Pénélope Fillon, je ne sais pas grand-chose sur cette affaire, ce que je peux juste dire c’est que lorsque je l’ai rencontrée elle ne travaillait pas et que je ne l’ai jamais entendue dire qu’elle travaillait. En tout cas, elle a décidé à un moment de s'occuper de ses enfants. Peut-être est-elle devenue attachée parlementaire par la suite. C'est à l'enquête de le déterminer.

 

(1) Le premier en 2007, François Fillon, un si gentil garçon (éd. Du Moment), le second en début d’année : François Fillon, les coulisses d’une ascension (éd. Archipel, 20 euros).

(2) Notons que le candidat des Républicains à la présidentielle 2017 ne dit pas autre chose depuis qu'il a annoncé ne pas renoncer à se présenter malgré le Penelope Gate : « J’ai décidé de foncer »a-t-il lancé mardi 7 février devant les parlementaires réunis à huis clos à son quartier général...

 

Propos recueillis par Quentin Lepoutre

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