Amiel Feldman (eJust) : « Nous partons d’une idée simple : et si la justice fonctionnait ? »

Avocat au Barreau de Genève, Amiel Feldman a lancé la plate-forme d’arbitrage en ligne eJust avec deux associés au début de l’année. Son objectif : démocratiser l’arbitrage en proposant un service de qualité à une vitesse et un prix défiant toute concurrence.

Avocat au Barreau de Genève, Amiel Feldman a lancé la plate-forme d’arbitrage en ligne eJust avec deux associés au début de l’année. Son objectif : démocratiser l’arbitrage en proposant un service de qualité à une vitesse et un prix défiant toute concurrence.

Décideurs. Vous avez lancé eJust en janvier 2016 pour faciliter la résolution des litiges. Comment est née l’idée de cette plate-forme ?

Amiel Feldman. Les solutions qui existent en matière de contentieux sont insatisfaisantes : 98 % des demandes qui pourraient être portées devant la justice ne le sont pas pour des raisons de coût et de durée. L’adage selon lequel il vaut mieux un mauvais accord qu’une bonne décision n’a jamais été aussi vrai. Les entreprises ont construit leur modèle pour éviter à tout prix le litige ; c’est désolant car elles devraient pouvoir exercer leurs droits. Aujourd’hui, seule une société solide avec un chiffre d’affaires important peut aller en justice. Nous sommes partis d’une idée simple : construire une procédure en partie digitale qui facilite le travail de présentation des arguments des parties sur nos salles d’audiences virtuelles, traite les informations soumises pour l’arbitre et lui permet ainsi d’optimiser son intervention dans chaque arbitrage. Par voie de conséquence, son intervention prenant moins de temps, chaque arbitrage est moins cher. Une sentence rendue en moins d’un mois est beaucoup plus utile qu’une sentence au bout d’une année. eJust guide les utilisateurs tout au long du processus, ce qui permet de les empêcher de s’écarter du droit. On sort ici du principe « Nul n’est censé ignorer la loi » pour entrer dans une véritable démarche d’accompagnement.

 

Décideurs. eJust a levé 10 millions d’euros et est présent à Paris et Genève. Quels sont vos objectifs ?

A. F. Nous souhaitons atteindre les 100 000 contrats comprenant la clause d’arbitrage eJust d’ici à la fin de l’année et plusieurs millions de contrats d’ici à trois ans. Nous visons un développement en Angleterre et en Allemagne à l’horizon 2017. À terme, les États-Unis sont aussi un marché qui nous intéresse fortement.

 

Une nouvelle conception de la procédure arbitrale est aujourd’hui possible, juridiquement mais également technologiquement 

Décideurs. Quel est le coût d’une procédure d’arbitrage eJust ?

A. F. Les procédures les plus simples sont facturées 350 euros. Nous pourrons parvenir à terme à baisser encore ce prix, et pourtant nous sommes loin d’une justice algorithmique. Ce sont véritablement les outils que nous utilisons qui nous permettent de proposer un service plus rapide et moins cher. Nos prestations sont personnalisées, ce qui veut dire que les parties peuvent choisir des options à la carte : ajout de pièces, extension du délai de réponse, audition de témoin, demande d’expertise arbitrale…

 

Décideurs. Comment l’arbitrage peut-il accélérer la résolution des litiges ?

A. F. L’arbitrage est un outil très intéressant, mais il n’est utilisé que pour traiter une infime partie des cas litigieux. Bien que le dispositif soit extrêmement flexible, puisqu’il dépend presque entièrement de la liberté contractuelle des parties, les procédures arbitrales sont construites autour de modèles d’affaires pré-datant les outils numériques. Une nouvelle conception de la procédure arbitrale est aujourd’hui possible, non seulement juridiquement, mais également technologiquement, tout en conservant les qualités pérennes de la voie arbitrale : la spécialité des arbitres, permettant de traiter des cas complexes, et la confidentialité des procédures, permettant d’éviter les déficits d’images et de concentrer les débats sur les enjeux juridiques.

 

Décideurs. Quel est le profil des arbitres auxquels vous faites appel ?

A. F. Nous travaillons avec des cabinets d’avocats, des juristes d’entreprise, d’anciens magistrats et fournissons des listes d’arbitres aux clients qui en font la demande, construites notamment en fonction du secteur d’activité dans lequel ils évoluent. Nous avons mis en place un conseil éthique externe afin d’assurer le process d’impartialité de nos arbitres et d’éliminer tout problème de conflit d’intérêts.

 

Décideurs. La sécurité des données est primordiale pour garantir la confidentialité des procédures à vos clients. Qu’avez-vous mis en place en ce sens ?

A. F. La sécurité est en effet cruciale. Nous sommes certifiés ISO 27001 et notre code répond aux critères de l’Owasp, une communauté en open source dont l’objectif est de renforcer la sécurité sur le Web. Toutes nos données et tous nos services sont hébergés sur des serveurs sécurisés, non soumis aux législations type Patriot Act américain, afin d’éviter toute fuite. Nous avons également recruté un ingénieur en sécurité de l’information à plein temps.

 

Propos recueillis par Camille Prigent

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