Lors du 6e Sommet de la construction, la Fédération française du bâtiment a détaillé les facteurs de la reprise.

Comme chaque année, la Fédération française du bâtiment (FFB) a organisé son Sommet de la construction. L'angle de cette édition « Le bâtiment au cœur de la reprise » a été l’occasion pour les professionnels du monde de l’immobilier de se pencher sur la reprise du bâtiment. Lors d'une première table ronde « Les entreprises du bâtiment face à la sortie de crise », Sandrine Pallud, commissaire aux comptes chez KPMG a indiqué une croissance de 25% en 2017. Mais si la reprise est là, elle est ressentie différemment selon les territoires. Pour Olivier Salleron, président de la FFB Aquitaine, « nous avons un réseau de territoires ruraux qui souffrent. La fracture est aussi économique ». Ainsi, sur le seul marché du neuf, 80% des surfaces construites relèvent de 20% des communes. Reste la rénovation des bâtiments, notamment énergétique, source d’activité pour les entreprises, mais qui n’affiche pas encore de redressement. De plus, le prix de construction reste bas. Participer à la reprise de l’activité signifie pour les entreprises d'avancer l’achat de matériaux ou encore de verser plus de masse salariale et de frais d’intérim avant de recevoir le paiement des travaux réalisés. 

 

Une concurrence acceptable sous certaines conditions

 

La concurrence déloyale ou illégale dans le secteur vient s’ajouter à ces difficultés. Un calcul de la FFB réalisé en 2017 illustre ce problème. Il compare sur la base d’un chantier-type d’une journée l’écart entre des travaux réalisés, par des salariés français payés dans le respect de la réglementation, celui réalisés par des salariés en détachement dans le respect de la réglementation, et enfin un chantier réalisé par des salariés en détachement sans réglementation. Il ressort de ce calcul que la concurrence est tout à fait acceptable dès lors que l’on respecte la loi. Ainsi, le marché signé à prix anormalement bas qui empêche la restauration des trésoreries et des marges, s’explique par la fraude à laquelle seule une politique active de contrôle peut mettre fin. Ulrich Paetzold, délégué général de la Fédération de l’industrie européenne de la construction (FIEC) estime que le détachement de salariés est acceptable. Il milite toutefois pour des renforcements de contrôles par pays et espère que des solutions au niveau européen seront trouvées.

 

La reprise, quelle reprise ?

 

Une deuxième table ronde a mis en perspective la reprise qui se dessine depuis fin 2014. Celle-ci repose sur trois facteurs principaux. Un contexte macro-économique qui allonge l’horizon de projection des acteurs et leur envie d’investir. Mais également, un contexte macro-financier et institutionnel favorable. Si les perspectives de hausse de taux restent continues, il n’en va pas de même du contexte institutionnel. De fait, alors que la réduction du déficit public devient une priorité, certains acteurs du monde immobilier affirment que le poids des aides publiques au logement, qui s’élèvent à 41 milliards d’euros est l'une des causes du problème. D'autres rappellent que ce paquet global se compose structurellement pour moitié des aides à la personne. En d’autres termes, les supprimer impliquerait de les remplacer par d’autres. « Les entrepreneurs du bâtiment n’ignorent en rien les difficultés de la France. L’expérience du passé démontre que les restrictions dans les dépenses, sans discernement, constituent une absurdité aux conséquences souvent graves », précise Jacques Chanut.

Le président de la FFB conclut en indiquant qu’il faut maintenant après le diagnostic et les prises de conscience, passer aux actes car « si on a su le faire pour la rénovation urbaine, il faudra à présent le faire pour lutter contre la fracture territoriale ».

 

 

Vanessa Benesty

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